« 3 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 125-126], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11344, page consultée le 24 janvier 2026.
3 février [1837], vendredi après midi, 1 h. ½
Bonjour mon cher adoré, bonjour.
Je viens d’être interrompue de près d’une heure
par une effroyable colique s’il en fut. Heureusement qu’elle est un peu calmée.
Chère âme je vous adore, mon Toto chéri je vous aime, mon Victor je vous admire, avec
des grands yeux je regarde les beaux dessins et je lis vos admirables vers qu’on
dirait être faits l’un pour l’autre, ce qui est vrai au reste. Que je vous aime mon
amour, que vous êtes grand mon Toto, que vous êtes bon et sublime, mon cher ange de
la
terre et du ciel.
Savez-vous mon pauvre amour que je ne me suis endormie qu’après
six heures du matin, épuisée de fatigue des efforts que j’avais faitsa pour m’endormir. À neuf heures je me suis
réveillée pour renvoyer ma fille à la pension. J’ai encore été un temps immense sans
pouvoir me rendormir. Je ne sais pas ce que cela veut dire, mais c’est peu naturel
et
pas du tout amusant car lorsque vous n’êtes pas avec moi ce que j’auraisbde mieux à faire ce serait de dormir, il
est vrai que je dormirais 12 mois de l’année sans
interruption, ce qui serait une véritable léthargie, mais il faut
ce qui faut dirait le grand [V. ?] [N. ?] et je n’ai pas ce qui faut de vous ni de mon
sommeil, je suis très [mal ?].
Juliette
a « fait ».
b « aurai ».
« 3 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 127-128], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11344, page consultée le 24 janvier 2026.
3 février [1837], vendredi soir, 9 h. ¼
Mon Toto, mon amour, mon vieux oto, mon petit
to, je vous n’aime. En rentrant chez moi j’y ai
trouvé Lanvin que m’y attendait pour me remettre ma montre raccommodée et pour recevoir 10 F. que je lui ai donnés pour ce bon office.
C’était
presque la moitié de votre encrier ; avec quelle joie je me
serais privée de la montre et de bien d’autres choses pour
vous donner cette petite chinoiserie que vous fait envie. Vous êtes bien cruel pour
votre pauvre Juju, lui refusant les moyens de vous faire de temps en temps une petite
surprise, [ce] serait si gentil et ça vous coûterait si peu après
tout. Tenez, vous êtes un vieux avare et une vieille bête, c’est dommage que je ne
trouve pas d’autres épithètes pour [vous ?] mieux peindre, je
l’emploierais.
Où êtes vous à présent ? je suis sûre que vous ne pensez pas à moi
et que vous êtes en train de faire [COH ! COH ! COH ! ?] en étendant
votre belle QUEUE EN éventail (style figuré pour exprimer l’homme qui fait le beau).
Si je le croyais et si j’en étais bien sûre, là, de cespreuves, oh ! je vous la couperais si ras, si rasa, votre belle queue, qu’il ne
vous serait pas facile de vous en servir d’ici à très longtemps, quand bien même
toutes les [illis.] de la terre viendraient tourner au tour, mais j’ai la faiblesse de
douter et voilà pour quoi je remets de jour en jour
l’exécution de votre PANACHE au lendemain et que je
vous donne un échantillon de la manière de piller et de pirater le style et les idées d’un homme qu’on est convenu
d’appeler VICTOR HUGO. Connaissez-vous cela Victor Hugo ? Oui, et moi aussi, et moi
aussi, et lui aussi, et nous aussi. Il y a de l’écho. Il
paraît que nous le connaissons tous assez pour le voler à son nez et à sa barbe, je
m’en vante et puis d’ailleurs il est assez [rien ?] pour donner ce
qu’on lui prend parce que ces petits cadeaux là n’entretiennent pas du tout l’amitié,
ce qui fait que je vous aime encore et cent mille fois plus qu’avant et [illis.] baise
le pan de votre redingote.
Juliette
a « si raz, si raz ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
