« 20 décembre 1858 » [source : Bnf, Mss, NAF 16379, f. 353], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5982, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 20 décembre 1858, lundi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour le cœur de mon cœur, l’âme de mon âme, bonjour. J’ÉLÈVE MES REGARDS VERS ton lucout dans l’espoir de saisir ta chère petite silhouette à travers tes vitres mais jusqu’à présent, rien n’a encore paru. Peut-être es-tu déjà descendu car le départ de Vacquerie approche et dans deux ou trois heures, il sera probablement parti1. Pour moi, je ne peux pas m’empêcher de regretter ce départ qui paraît pourtant accommoder tout le monde chez toi. Mais c’est surtout en fait d’ami qu’est applicable le proverbe : ON SAIT CE QU’ON PERD, ON NE SAIT PAS CE QU’ON TROUVE. Il est vrai que Vacquerie n’est pas perdu pour vous et qu’il vous reviendra un jour ou l’autre, mais d’ici là bien des choses peuvent se mettre entre lui et vous. Je te demande pardon de m’immiscer dans vos petites affaires mais cette indiscrétion ne vient que d’un excès de sollicitude pour tout ce qui te regarde, toi et ta chère famille. J’espère que cette petite agitation de ce départ et la tempête de cette nuit, ne t’auront pas empêché de dormir et que tu n’es pas trop fatigué ce matin. Je t’attends pour savoir de tes nouvelles, mon cher bien-aimé, en t’aimant de toutes mes forces. Tâche de venir un moment si tu peux avant le déjeuner. Dans tous les cas, pense à moi, mon cher adoré et aime-moi dans un petit coin de ton cœur. Cela suffira pour faire le bonheur de toute ma vie.
1 Hugo note dans son agenda à cette date : « Auguste est parti aujourd’hui à midi ½ pour Paris par le Weymouth. Il passera par Jersey. » (CFL, t. X, Agendas, p. 1462).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
