« 10 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 157-158], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12070, page consultée le 26 janvier 2026.
10 mai [1845], samedi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon Toto aimé, bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour.
Je ne t’écris pas à l’eau de rose, mais à
l’eau de Cologne. C’est une invention que je
viens d’avoir pour éclairer mon encre qui était à l’état de boue, mais
cela ne m’a guère bien réussi. L’encre est restée d’un côté et l’eau de
Cologne de l’autre et l’esprit de Juju entre les deux, comme la fameuse
dix-septième lettre de l’alphabet entre deux selles. Une autre fois je
vous écrirai de la bonne encre. Nous verrons
si cela fera mieux.
Cher bien-aimé, je souffre de mon pied à ne pas
savoir qu’en faire. Il me serait impossible aujourd’hui, quel que soit
mon courage, de faire la petite escapade que
j’ai faite hier au soir. Autant le temps m’avait paru court et charmant
en allant, autant il m’a paru long et maussade en revenant. Je croyais
que je n’arriverais jamais. J’avais pourtant la consolation des boutiques, mais tout cela est bien fade et
bien terne sans toi. Décidément rien ne vaut le bonheur de courir comme
un basque1, accrochée à votre bras.
Juliette
1 « Courir comme un basque » : « marcher beaucoup » (Larousse).
« 10 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 159-160], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12070, page consultée le 26 janvier 2026.
10 mai [1845], samedi soir, 6 h. ¼
Je croyais avoir un Toto de VRAI et voilà que
je n’ai qu’un homme plaqué. Merci, je ne suis
guère volée. Unea autre
fois je contrôlerai moi-même mes affaires et je ne m’exposerai pas à
d’aussi amère déception.
J’attends ma péronnelle. Par extraordinaire, il
ne pleut pas ce soir. C’était pourtant bien le moment, celui où son
parapluie est cassé. Il faut croire que la fée du guignon était en ville
dans le moment où cela est arrivé, car sans cela, elle n’aurait pas
manqué son coup aujourd’hui.
J’ai vu Mme Guérard tout à
l’heure. Elle partait pour une noce de Province. Elle tenait à me faire
ses adieux, mais au fond, je crois, et elle ne s’en est pas cachée,
qu’elle tenait encore plus à être embrassée
par vous. Je lui ai dit que je serais son fondé de pouvoir, si ça
pouvait l’obliger, ce qui l’a médiocrement charmée. Du reste, vous voyez
que sans avoir l’honneur d’être caniche, je fonctionne assez bien pour
une FAIBLE FEMME. Voime, voime, ne
vous y fiez pas. Sans en avoir la peau, du susdit caniche, j’en ai les
goûts et les mœurs. Vous savez, LA RAGE SPONTANÉE. Méfie-toi, Toto.
Toto, méfie-toi. Et puis baisez-moi et aimez-moi tout de suite. JE
MORDS.
Juliette
a « un ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
