« 5 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 129-130], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11497, page consultée le 25 janvier 2026.
5 décembre [1843], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour, comment vas-tu,
comment vont tes beaux yeux, comment m’aimes-tu ? Vous faisiez bien le
tranche-montagne et le fier à bras hier. On voit bien que cela ne vous coûtait rien.
Mais je vous attends à la prochaine occasion, nous verrons comment vous soutiendrez
le
combat et jusqu’où ira votre ardeur belliqueuse. En attendant, je ne me laisse pas
éblouir par ces bravacheries qui reviennent douze fois par an régulièrement. Tout
cela
n’empêche pas que tu ne sois un pauvre ange du bon Dieu, que je t’aime et que je
t’admire, que je t’adore et que je voudrais baiser tes pieds jusqu’au soir.
Mon
Toto bien-aimé, ne te fatigue pas trop, repose-toi un peu mon cher petit. Il vaut
mieux que tu te reposes de temps en temps que de tomber malade. Est-ce que tu ne
comprends pas cela ? Je t’en prie mon Toto adoré, repose-toi. J’en profiterai pour
te
voir, pour te caresser et pour te dorloter. Je t’assure qu’il est bien temps que je
me
repose de tes fatigues. Je suis à bout de mon courage. Sans la moindre exagération,
mon pauvre amour, je suis au bout de ma patience, de mes forces et de ma résignation.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime.
Je ne te prierai pas de me faire sortir aujourd’hui car il
fait aussi mauvais temps qu’hier. Cependant j’ai bien mal à la tête et j’ai passé
une
mauvaise nuit. Cela ne m’inquiète pas autrement puisque j’en connais le motif mais
j’aurais besoin de prendre un peu d’exercice. Dès qu’il fera un peu beau, si tu as
le
loisir, tu me feras marcher n’est-ce pas ?
En attendant, je vous défends de me
supprimer ou de déchirer en partie les divers journaux que vous recevez. Je veux être
renseignée, moi, et savoir jour par jour, minute par minute tout ce que vous faites
et
tout ce qui vous arrive avec les Plessis,
les Fargueil et tute quante de la même farine. Je tiens à connaître mon sort, quel
qu’il soit. Rien n’est plus ennuyeux en toute chose que l’incertitude. Voime, voime, prends garde à mon grand couteau.
Juliette
« 5 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 131-132], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11497, page consultée le 25 janvier 2026.
5 décembre [1843], mardi soir, 6 h.
Pas encore venu, mon Toto, c’est vraiment bien affreux à toi. Pauvre adoré, ce n’est
pas ta faute et si tu m’aimes je te pardonne.
J’ai eu la visite de Mme Krafft il y a
une heure. Elle s’est trouvée avec Mlle Féau qui m’apportait mon bonnet. Du reste elle m’a
dit fort peu de choses, sinon qu’elle se mariait. Mais je ne
la croirai que lorsque la chose sera faite. Elle a trouvé les jarretières.
[Julius ? Julien ?] ou elle en a fait le semblant. Mais tout cela,
mon pauvre adoré, m’est absolument égal comme deux œufs. Ce qui m’occupe, ce qui
m’intéresse, c’est que je te désire, que je t’attends, que je donnerais des années
de
ma vie pour abréger toutes les secondes qui me séparent encore de toi. Pourquoi ne
viens-tu pas mon Toto ? Qu’est-ce qui te retienta ? Voilà qu’il est bien tard, je ne sais pas ce que je
deviendrai si je ne te vois pas un peu auparavant le dîner.
J’ai envoyé chercher
ta montre ; l’horloger du bijoutier ne voulait pas se charger de l’examiner seulement à moins de 12 francs et de l’arranger, s’il y avait quelque chose de cassé, à moins de 18 ou 20 francs. Tu penses que je me suis privée de la lui
laisser. J’ai envoyé chercher celui de Joséphine qui l’a emportée ce soir et qui va s’occuper de voir ce qui
l’empêche d’aller. Il a promis de s’en occuper tout de suite
mais j’ai bien peur d’être forcée de vous prêter ma montre encore bien longtemps.
Enfin l’amour est fait de DEVOUEMENT et je ne vous en donne pas une médiocre preuve
en
vous confiant ma toquante1 et tout ce qui s’ensuit.
Baise-moi toi. Si je savais
où tu es dans ce moment-ci j’irais te chercher fût-ceb même chez une TOUPIE, chez une
GUINCHE, ou une COCOTTE. Taisez-vous monstre, vous êtes trop en retard.
Juliette
1 Tocante (argot) : montre.
a « retiens ».
b « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
