10 janvier 1848

« 10 janvier 1848 » [source : Harvard, HL, MS Fr 100.4], transcr. Marva Barnett et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10895e506, page consultée le 06 août 2026.

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Bonjour, mon Toto, bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon bien-aimé, bonjour. Comment cela va-t-il ce matin ? Moi, cela va amour et je vous en désire autant. Cette santé-là vaut toutes les autres, aussi je m’y tiens le plus que je peux et sans me préoccuper de l’effet d’imagination. J’ai très peu et très mal dormi cette nuit, mais sans souffrir ; ce matin je suis toute gaillarde. Je ne vous conseille pas de me défier à quoi et de quoi que ce soit car je suis capable de TOUT1 sans calemboura et sans coqueluche. Seulement je trouve absurde la condition de revenir sur mes pas à heure fixe le soir. Je n’en vois pas la nécessité, mais, puisque tu le veux, je le ferai. En attendant, je souffle dans mes doigts. Il n’y a plus que deux ou trois morceaux de bois de poêle. C’est le cas de les ménager et d’user des ressources de l’imagination pour se réchauffer. Malheureusement, la mienne est encore plus à court que mon bûcher de sorte que je risque fort de geler tout debout si tu ne viens pas à mon secours. Vous ne m’avez toujours pas dit à qui vous aviez donné les trois loges pour Marion2. L’important pour moi est que vous n’y soyez pas allé, mais je ne serai pas fâchée pourtant de savoir quelles sont les heureuses Bourelles3 qui en ont profité. Vous savez que je suis curieuse et que j’aime à tout savoir à vos risques et périls. Baisez-moi et tremblez, la saison ne s’y oppose pas.

Juliette


Notes

1 Juliette joue avec le mot « toux ».

2 Le 9 janvier, Marion de Lorme est donnée au Théâtre-Français.

3 Elizabeth Bourrel, qui demeure « 47, Madeleine » et qui a reçu quatre billets pour l’Institut et le Théâtre historique, remercie Victor Hugo : « J’espère la semaine prochaine aller Place Royale et vous exprimer toute ma gratitude. » (Lettre écrite en 1848 et conservée à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges.)

Notes manuscriptologiques

a « calembourg ».


« 10 janvier 1848 » [source : Harvard, HL, MS Fr 100.4], transcr. Marva Barnett et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d10895e506, page consultée le 06 août 2026.

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Tu m’as promis de venir avant d’aller à la Chambre1, mon petit homme, et je compte sur ta bonne promesse. Cependant, si tu n’es pas venu dans une heure, je croirai que tu n’auras pas pu venir et je m’en irai à mes visites. Je reviendrai à mon point de départ à cinq heures et je suivrai l’itinéraire convenu2. J’espère que je te trouverai en chemin comme l’autre fois et que je n’aurai pas l’affreux déplaisir de revenir seule.

Je désire, mon petit homme, que vous me laissiez copier à ma façon, sans vous mêler du plus ou du moins de commodités de mes outils parce que cela ne m’avance à rien, si ce n’est à me faire perdre mon temps et à m’empêcher de travailler. Quand vous serez trop riche et moi aussi, nous achèterons des tables mirobolantes. En attendant, il faut nous contenter de ce que nous avons et ne pas chercher midi à quatorze heures et des perfectionnements impossibles. Ce soir je compte m’installer sur mon petit MACHIN et faire beaucoup d’OUVRAGE. Je vous prie d’avance de me laisser faire et de ne pas me retarder car je suis très pressée de savoir tout ce que deviennent ces pauvres scélérats de Champmathieu et Madeleine3. En attendant, je vous baise en gros et en détail, depuis les pieds jusqu’à la tête et depuis la tête jusqu’aux pieds en m’arrêtant à tous les accidents de terrain, et je vous adore.

Juliette


Notes

1 Le 13 janvier, Victor Hugo va prononcer à la Chambre des pairs son discours en faveur de l’unité italienne, Le pape Pie IX.

2 Voir la lettre précédente.

3 Depuis 1845, Juliette recopie le manuscrit des futurs Misérables : « Je voudrais bien connaître la suite du vieux évêque. » (16 décembre 1845, BnF, NAF 16364). / « J’attends mon Jean Tréjean [futur Jean Valjean] avec des fourmillements de curiosité et d’admiration dont tu ne peux pas avoir idée, toi qui l’inventes. » (16 décembre 1846, BnF, NAF 16364). / « Quand donc me remontrerez-vous le bout du nez de Jean Tréjean ? Voilà bientôt un an que j’attends. » (19 septembre 1847, BnF NAF 16365.)

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.