« 9 juillet 1847 » [source : Collection particulière (Vente Traces écrites avril 2024)], transcr. Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3753, page consultée le 10 août 2026.
9 juillet [1847], vendredi matin, 7 h ½
Il ne t’est rien arrivé ni à personne chez toi, j’espère, mon bien aimé ? Cependant je ne peux pas m’empêcher de me tourmenter de ne t’avoir pas vu cette nuit car ordinairement tu me fais pressentir quand tu ne dois pas venir. Je m’étais endormie en t’attendant mais à une heure ce matin je me suis éveillée et tout le reste de ma nuit s’est passéa dans une inquiète agitation. Ce matin je suis fatiguée et triste. S’il faut que je ne te voie pas d’ici à ce soir je ne sais pas ce que je deviendrai. Je ne saurai même pas si je dois aller te chercher à quelle heure et à quel endroit ? pourvu que tu ne sois pas malade ou quelqu’un des tiens. Je ne serai pas tranquille tant que je ne t’aurai pas vu. Je voudrais pourtant te sourire pour te montrer mon courage et ma résignation mais l’inquiétude me fige tout cela au coin de la bouche et je me sens prise d’envie de pleurer. Je me dis bien que tu auras été retenu par ton travail très avant dans la nuit et que tu auras eu le féroce scrupule de ne pas vouloir me réveiller mais tout cela ne me rassure pas assez pour faire, comme on dit : bonne mine à mauvais jeu. J’espère encore que tu viendras me rassurer et me donner rendez-vous pour tantôt avant d’aller à la Chambre. Et puis il faut que tu baignes tes pauvres chers yeux que tu négliges trop depuis quelque temps. Je t’attends, je te désire, je t’espère et je t’aime.
Juliette
a « passée ».
« 9 juillet 1847 » [source : Fougères], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3753, page consultée le 10 août 2026.
9 juillet [1847], vendredi après-midi, 2 h. ½
Oui, je suis ton fidèle caniche, très passé, à la vérité, mais bien fidèle. Je t’ai donc vu. Enfin ! Et j’ai la certitude de
te voir tantôt : quel bonheur ! Je
ne suis plus triste, au contraire, je suis très GEAIE. Cher adoré, je t’aime, je vais te voir, je suis heureuse. Je n’ai pas pensé à te
dire que
j’irai chemin faisant chez Mlle Féau chez laquelle j’ai un bout de dentelle à remettre, mais comme j’irai de bonne
heure, j’espère que ce changement d’itinéraire ne nous fera pas nous croiser en sens
contraire.
Tu devrais bien me faire cadeau d’une plume taillée car toutes celles que j’ai sont
émoussées et dépenaillées au point de ne pouvoir écrire un traître mot sans m’y reprendre
cinq ou six fois. Si bien que je perds le fruit de mon inspiration pendant le temps
que je passe
à frotter mon trognon cinq minutes sur chaque lettre. C’est très désagréable et vous
ne pouvez pas me laisser longtemps dans cette fâcheuse position. Et puis, remarquez
que cela déforme
mon écriture. Merci, je n’ai pas envie de me perdre la main. Ce serait trop regrettable.
Voime, voime, que je vous voie vous moquer de moi et puis
vous VERREZ. Baisez-moi et tremblez.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
