« 1 juillet 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 146-147], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3747, page consultée le 07 août 2026.
1er juillet [1847], jeudi matin, 8 h. ½
Bonjour vous, je devrais ne plus vous parler ni vous regarder après les choses que
m’avez dites hier. Mais comme il serait au-dessous de moi d’attacher de l’importance
à vos moqueries
déplacées, je les IGNORE et je continue de vous traiter avec une indulgente pitié
au risque de vous aplatira sous le poids de ma
magnanimitéb. Maintenant continuez si vous voulez m’intéresser. Pourvu que cela ne m’empêche pas
d’aller vous chercher tantôt,
c’est tout ce que je demande. Je me fiche du reste et de vous en particulier. Cette
profession de foi n’est pas neuve mais elle me console dans l’occasion.
J’attends toujours les
portraits de mes chinois. Si vous voulez je vous les ferai moi et je garderai les
originaux1. Mâtin, vous ne perdriez pas au change et je suis bien
trop généreuse de prodiguer mon talent pour un être qui en est si peu digne. C’est
une faiblesse que je me reproche tous les jours mais à laquelle je ne peux pas me
soustraire. On n’est
pas parfait, comme vous savez. En attendant, vous en profitez et vous en abusez sans
remords comme un vrai sans cœur que vous êtes. Taisez-vous, j’aime autant ça.
Il est probable que
vous dormez encore, cher scélérat, et je vous approuve car vous avez besoin de repos
le matin puisque vous vous obstinez à travailler une partie des nuits. Je ne veux
pas vous réveiller
en vous houspillant comme vous le méritez et je vous embrasse tout doucement pour
mieux vous étouffer après. Dormez.
Juliette
1 À élucider.
a « applatir ».
b « magnimité ».
« 1 juillet 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 148-149], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3747, page consultée le 07 août 2026.
1er juillet [1847], jeudi après-midi, 1 h.
Oui vous êtes une bête, oui c’est vous qui êtes malade de la peste, oui c’est vous
qu’on devrait pendre pour le salut des saintes doctrines littéraires, oui vous avez
tondu plusieurs
fois la largeur de votre langue dans le pré académique et vous n’en aviez nul droit,
puisqu’il faut parler net. Oui vous êtes le vilain animal, le pelé, le galeux d’où
vient tout le
mal1 de ces pauvres Ponsard,
Saint-Ybars et autre Latour2 plus Magen les uns que les autres. Oui, oui je le répète, je le jure et je le signe de mon sang
s’il le faut. Maintenant
vous pouvez me braire toutes les sottises que vous voudrez, je m’en fiiiiicheacomme de votre premier bât.
Ah ! tu viens te
frotter à ma CRITIQUE. Ah ! tu as le front de te moquer de mon ÉTRILLE. Ah ! tu as
essayé de compromettre ma réputation en BELLES LETTRES. En voilà UNE BELLE DE LETTRE
que tu ne
montreras pas et dont tu ne te vanteras pas. Sois tranquille, dorénavant je te tiendrai
la BRIDEb et je te mènerai par un chemin où il y
aura des tas de pierres. Viens-y maintenant me narguer, je suis ferme sur mes étriers
et j’ai mes étrivières toutes prêtes.
Juliette
1 Référence à La Fontaine, « Les Animaux malades de la peste », Livre VII, 1.
2 Isidore de Latour, dit Latour de Saint-Ybars.
a Il y a cinq « i ».
b « brides ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
