« 15 juin 1847 » [source : MVH, α 7922], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3737, page consultée le 06 août 2026.
15 juin [1847], mardi matin, 8 h. ¼
Bonjour toi, bonjour vous, bonjour, tout ce qu’il y a de plus doux, de plus grand
et de plus charmant. J’espère bien ne pas vous manquer aujourd’hui. Je prends
mes dispositions pour cela dès le matin. Je ne veux pas m’exposer par ma faute une
seconde fois à la mystification d’hier, malgré la ravissante compensation que tu m’as
donnée en
quelques lignes. Aujourd’hui je veux être sous les armes bien longtemps d’avance et
je n’aurai égard à personne de quelque part qu’elle vienne et quelle qu’ellea soit.
J’ai envoyé dans deux cabinets de lecture pour avoir La Presse ou
Les Débats mais il a été impossible de me les procurer. Il faut que j’attende que tu me l’apportesb ce qui ne fait pas le
compte de mon impatience. Cependant j’attendrai puisque je ne peux pas faire autrement.
C’est à toi si tu as du cœur et si tu veux ma natte à lit1 de te dépêcher de me les apporter. Il faudrait aussi, mon bien-aimé, me donner ce
petit mot pour Mme Triger aujourd’hui même, car son oncle n’a plus que trois ou quatre jours à rester à Paris.
Et puis, surtout, mais
bien par-dessus tout, il faut m’aimer et me baiser à tort et à travers de tout votre
cœur et de toutes vos forces.
Juliette
1 Mystérieux objet de dispute amoureuse, sur lequel Juliette revient par la suite.
a « quelqu’elle ».
b « l’apporte ».
« 15 juin 1847 » [source : MVH, α 7923], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3737, page consultée le 06 août 2026.
15 juin [1847], mardi après-midi, 1 h. ½
Je t’attends doublement, mon bien-aimé, dans la [personne ?] de ton discours que je voudrais lire, relire et dévorer. Je pense que tu ne peux
pas tarder maintenant. Aussi
je t’attends toutes voiles d’amour dehors. Voici l’heure de la Chambre, mais je crains
que tu n’y ailles pas aujourd’hui et qu’il ne me faille attendre l’heure de l’Académie.
Enfin cela
ne m’arrangera pas car je trouve le temps depuis hier au soir beaucoup trop long et
je ne saurais plus à quoi l’employer pour ne pas mourir d’ennui et d’impatience. Et,
pendant que j’y
pense, je te prierai, si cela ne te gêne pas, de me laisser prendre le pont Louis-Philippe
et tout le quai de l’ombre jusqu’à la rue Guénégaud, à cause de mon horreur pour le
soleil. Je
suis sûre que ce sera la première chose que j’oublierai de te dire, aussi je prends
le parti de l’écrire afin que tu sois prévenu pour l’avenir.
Je vous trouve un peu hardi de vous
moquer de ma POLITIQUE. Dites donc, vous, j’en ai peut-être plus que vous de la politique
et des PARAPLUIES. Plus souvent que je vous donnerai ma natte à lit. Viens-y polisson,
tu verras
ce que je te ferai[Dessina].
Juliette
a Autoportrait au parapluie :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
