« 25 mars 1847 » [source : MVH, α 7868], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2039, page consultée le 07 août 2026.
25 mars [1847], jeudi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto, bonjour, mon vieux taquin, bonjour. Je vous prépare un Adagio
suivi d’un Crescendo fortissimo avec point, contrepoing, croches et griffes dont
vous me direz des nouvelles. Nous verrons sur quel ton vous le prendrez mon cher dilettante.
Le temps paraît vouloir se gâter aujourd’hui : je voudrais
qu’il attendît que je sois revenue tantôt. C’est bien le moins, si le bon Dieu était
juste, qu’il me donne ces pauvres petites promenades si courtes libres de pluie, de
froid et de vent.
Mais quoi, il songe bien à moi ma foi, il a bien d’autres académiciens à fouetter.
Je m’en consolerais peut-être si j’étais sûre qu’il les fouette bien fort mais je
crains qu’il ne les
ménage trop et cela m’ôte toute ma satisfaction.
À propos, voici bientôt l’heure de la mairie. Il est probable que l’affaire de Charles1 te forcera d’y aller avant de te rendre à l’Académie. Car ça n’est pas aussi simple
qu’on croit et puis tu travailles. Je comprends tout cela admirablement et je me
résigne encore plus admirablement à mon rôle de femme mystifiée, mais non pas sans
le savoir. Le jour où je pourrai reprendre ma revanche vous m’en direz des bonnes
nouvelles. Jusque-là,
je vous conseille de profiter de votre reste et de vous dépêcher. Sur ce baisez-moi et méfiez-vous.
Juliette
1 Il doit s’agir du remplacement de Charles Hugo pour la conscription. Fin avril, Hugo paiera 1100 fr. un remplaçant, un dénommé Grangé.
« 25 mars 1847 » [source : MVH, α 7869], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2039, page consultée le 07 août 2026.
25 mars [1847], jeudi après-midi, 3 h. ½
Je te défends d’avoir mal à la gorge toi. Je n’ai pas besoin que vous ayez d’autre mal que celui que j’ai le droit de vous faire, c’est bien le
moins que vous mes laissiez ce privilège entier et intact puisque vous m’avez pris
tous les autres.
Vous allez donc parler aujourd’hui, mon grand Toto ? En vérité vous êtes bien bon
de prodiguer vos admirables pensées à des oies qui n’y comprennent rien et dont l’esprit
est en dedans comme les pattes. Quant à moi, si j’étais vous, je garderais mes trésors d’éloquence pour de meilleures occasions. Voilà ce que
je me permets de vous dire et de penser.
Comment donc l’affaire de Charles1 n’a-t-elle pas eu lieu aujourd’hui ? Ah ! c’est parce que tu t…r…a…v…a…i…l…l…ea. Je
me disais aussi comment cela se fait-il, maintenant tout s’explique et c’est beaucoup
plus simple qu’on ne croit de premier abord. Taisez-vous vilain monstre vous voyez
bien que je me
fiche de vous. Cela m’arrivera plus de quatre fois par jour et je m’en fais zonneur
et gloire. Baisez-moi.
Juliette
1 Voir la lettre de la veille. Juliette reprendra ironiquement à plusieurs reprises ces motifs invoqués par Victor pour expliquer qu’il ne peut pas venir.
a Sans s.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
