« 8 novembre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 247], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7284, page consultée le 07 août 2026.
Guernesey, 8 novembre [18]63, dimanche matin, 8 h.
J’espère, mon cher bien-aimé, que tu as mieux dormi que moi cette nuit qui n’ai pas dormi du tout, sans savoir pourquoi car je ne souffrais de rien et de nulle part sinon que je rageais de cette insomnie sans prétexte. Mais, pour peu que tu aies passé une bonne nuit, je suis tranquille car je saurai bien rattrapera mon somme la nuit prochaine. D’ici là, j’ai, pour me faire prendre patience, la pensée que je t’aime et que tu m’aimes, c’est-à-dire les deux rayons qui éclairentb mon âme et qui la ravissent. Je crains que tu n’aiesc pas pu faire ton passus mille avec ta petite belle-sœur1 hier au soir car il m’a semblé qu’il pleuvait déjà quand vous êtes partis et je vois avec regret que le temps ne te permettra pas encore aujourd’hui de sortir même avec un parapluie. Quel temps ! Quel temps ! Quel temps ! Pour moi je ne sais comment me garantir de l’humidité car le feu me donne tout de suite mal à la tête. Heureusement que je vais me donner quelque mouvement dans ma maison pendant que Suzanne sera à la messe. À propos de cette même Suzanne tu as mis le doigt l’autre jour sur ma crainte secrète qu’elle ne puisse pas vivre en bon accord avec une autre servante. Cette crainte est d’autant plus fondée pour moi qui connais à fond son caractère ombrageux et difficile. Il faudra bien pourtant qu’elle en passe par là et moi aussi. En attendant, voyons venir la nouvelle servarde et tenons-nous sur nos gardes avec les deux. Peut-être que l’orgueil d’habiter dans un palais de génie leur fera-t-il oublier toute rivalité, espérons-le. Quant à moi je suis décidée si tu m’aimes à être heureuse quand même.
a « rattrapper ».
b « éclaire ».
c « aie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
