« 8 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 150-151], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11301, page consultée le 06 août 2026.
8 décembre [1837], vendredi, midi ½
Bonjour mon cher petit homme. Tu vois que j’ai pris une fameuse revanche sur mes
nuits précédentes et qu[e j]’ai dormi pour toutes celles où je ne
dormais pas. D’ailleurs c’est ce que j’ai de mieux à faire quand tu n’es pas là. Au
moins je te vois en rêve, ça vaut toujours mieux que rien. Je ne peux cependant pas
me
figurer que tous ces jours-ci ont été occupés par cette éternelle affaire du
Théâtre-Français1. Si tu
m’aimais comme il y a 4 ans2, tu aurais trouvé le moyen de
faire tes affaires et la mienne qui est de t’aimer et de te voir. Et depuis longtemps
je ne fais que la moitié de ces choses, t’aimer. Je dis toujours la même chose mais
c’est que je n’ai pas autre chose dans la tête et dans le cœur. Encore jusqu’à mardi
à
souffrir et puis encore le reste de la vie à attendre un Toto qui ne viendra pas parce
qu’il n’aime plus sa pauvre vieille Juju. C’est
bien triste n’est-ce pas ?
J’ai mal à la tête. Il y a 10 jours que je n’ai pris l’air et cela sans aucune exagération puisque tu sais
que je ne mets le pied dans la rue que pour aller avec toi prendre l’omnibus et à
de
rares occasions. Aussi je mijotea un
petit hiver charmant, sans sommeil pour les nuits, et sans rayon pour les jours. QUEL
BONHEURb !
Je suis presque aussi ennuyeusec que je suis ennuyéed. Je te demande bien pardon, je ne peux
pas faire autrement. Je t’adore c’est bien sûr.
Juliette
1 Allusion au procès de Hugo contre la Comédie-Française, dont le jugement est attendu pour le 12 décembre.
2 C’est-à-dire 1833, année de leur rencontre.
a « mijotte ».
b Le mot « bonheur », écrit en grand, couvre à lui seul toute la ligne.
c « ennuieuse ».
d « ennuiée ».
« 8 décembre 1837 » [source : Bibliothèque Romain Gary, Ms. 886 (11)], transcr. Marion Lemaire, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11301, page consultée le 06 août 2026.
8 décembre [1837]1, vendredi soir, je ne sais pas quelle heure
Tu vois mon adoré que je ne sais pas l’heure qu’il est mais mon cadran dit que c’est l’heure d’aimer son Toto et il ne retarde jamais. Soirpa, soirman, j’ai beaucoup jasé mais soit tranquille je n’ai rien dit de trop. Il paraît que la consternation est au théâtre. Je te raconterai cela en détail. Je n’ai cependant pas vu M. D.2 et Mme [P. ?] a été très réservée mais je n’en sais pas moins qu’ils ont l’oreille très basse.
Mon Dieu que je t’aime mon Victor et que c’était gentil de te voir mangera tantôt. C’était réjouissant et appétissant de voir tes belles dents blanches et ta belle bouche rose fonctionner avec cette aptitude édifiante. J’aurais voulu être à la place du poulet. Il est bien heureux lui et à l’heure qu’il est, il peut entamer avec votre âme une conversation s’il le veut. Ah ! si c’était moi je regarderais joliment ce qui se passe là-dedans. Je retournerais votre cœur de tous les côtés et vous ne pourriez plus rien me cacher. Je n’ai ni encre ni plume ni papier pour t’écrire et cependant je t’écris tout de même. Je me joue de toutes les difficultésb. Soirpa, soirman. Je t’adore. Je te baise des mille et millions de fois.
Juliette
1 1837, 1843 ou 1848 sont possibles d’après le calendrier perpétuel. Le contenu exclut 1848 (Mme Pierceau est morte à cette date). 1837 est le plus vraisemblable, d’une part parce qu’elle comble une lacune le 8 décembre 1837 alors qu’elle n’en comblerait pas en 1843, ensuite parce que l’allusion à M. Desmousseaux et à Mme Pierceau au sujet du théâtre correspond au procès en cours de Hugo contre la Comédie-Française qui ne reprend pas ses pièces, procès qu’il va gagner.
2 Vraisemblablement M. Desmousseaux.
a « mangé ».
b « difficultées ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
