2 décembre 1878

« 2 décembre 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 196], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4758, page consultée le 26 janvier 2026.

Cher bien-aimé, c’est un regret et presque una malaise pour moi lorsque je suis forcée de faire attendre ma restitus pour laisser passer devant elle les petites affaires du ménage. Ainsi n’est-ce qu’à mon cœur défendant que cela m’arrive, comme aujourd’hui, où la lecture du Rappel1, demandé par toi, a pris le meilleur de ma matinée ; mais cela pourrait être une coquetterie de mon amour, si j’en étais capable, pour me faire demander par toi ce que je désire te donner, ce que je veux te donner, ce qu’il me serait impossible de ne pas te donner tout mon cœur et toute mon âme dans ces deux mots : je t’aime, je t’adore. Aussi tu m’as comblé de joie tout à l’heure en t’apercevant de l’absence de ma chère petite restitus empêchée, empêchée et empêtrée malgré elle des affaires domestiques. Merci, mon adoré bien-aimé, de cette marque de tendresse qui n’est peut-être qu’une politesse de ton exquise bonté faite au culte passionné que je t’ai voué depuis le premier jour où je t’ai vu.
On me dit que Paul Meurice est dans la maison. Je vais le recevoir et savoir s’il déjeune avec nous…J’ai eu beau chercher ce cher ami par monts et par vaux, depuis le grenier jusqu’à la cave, les salons et le jardin, je ne l’ai pas rencontré encore. Peut-être est-il chez la Princesse2. Je vais m’en enquérir de nouveau après t’avoir répété encore une fois le mot de mon commencement et de ma fin : je t’adore.


Notes

1 Quotidien fondé en mai 1869 par Victor Hugo, ses fils, Auguste Vacquerie, Paul Meurice et Henri Rochefort.

2 Il s’agit sans doute de la princesse de Lusignan, amie de Meurice et propriétaire de l’hôtel particulier loué par Hugo au 130 avenue d’Eylau.

Notes manuscriptologiques

a « presqu’un ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.

  • 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
  • 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
  • 29 avrilLe Pape.
  • 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
  • 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
  • À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
  • 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
  • 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.