« 17 janvier 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 14], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4160, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 17 janvier [18]78, jeudi soir
Cher bien-aimé, je comprends ta fatigue d’une journée passée à rien faire quand tu as tant à travailler et je partage ton agacement chaque fois qu’il faut que tu ailles perdre ton temps à Versailles. Il est vraiment déplorable qu’on ne puisse pas savoir d’avance quand ta présence est utile. À en juger par ce que j’en connais depuis que tu appartiens à ce triste Sénat tu pourrais te dispenser 19 fois sur 20 de te déranger de chez toi. Heureusement il faisait assez beau aujourd’hui et tu auras pu en profiter pour respirer un peu l’air de la campagne. J’espère cependant que tu ne seras pas forcé d’y retourner demain. Je viens de copier la lettre de ce brave conducteur des tramways de la ligne de l’Étoile1, laquelle lettre fourmille de fautes d’orthographea plus grosses les unes que les autres. Le Rappel2 fera bien d’y veiller quand il l’imprimera. Je ne sais pas si tu as répondu déjà à MmeWeldon mais je t’y fais penser dans tous les cas parce qu’il est utile que tu lui écrives ne fût-ceb que par courtoisie. Tu as une montagne de lettres intéressantes en souffrance auxquelles Lesclide pourrait peut-être accuser réception. Enfin, mon pauvre bien-aimé, à défaut d’autre service je fais fonction de mémento en même temps que je t’adore.
1 Le 3 janvier, Victor Hugo avait adressé une lettre à M. Berthier, président de la Compagnie des omnibus, pour remercier les conducteurs des deux lignes de l’Étoile au Trône et des Batignolles au Jardin des Plantes. En marque de sympathie, il leur offrait cinq cents francs. Un des conducteurs a dû répondre.
2 Quotidien fondé en mai 1869 par Victor Hugo, ses fils, Auguste Vacquerie, Paul Meurice et Henri Rochefort.
a « orthographes ».
b « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
