« 4 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 13-14], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8943, page consultée le 25 janvier 2026.
4 novembre [1837], samedi matin, 11 h. ½
Bonjour mon cher petit homme bien aimé. Je me lève tard non pas parce que j’ai dormi
mais parce que je souffrais des reins et du bas-ventre. Je ne me sens pas encore
mieux, cependant j’en prends mon parti. Jour on
jour. J’ai trouvé votre vraia parapluie tout à l’heure, et donc
l’avez-vous retrouvé ? Ne croyez pas vous mettre à couvert sous un mensonge quelconque
car à l’instant même tomberait sur vous une grêle de giffes que votre parasol ne parerait pas du tout. Il fait un froid de chien
ce matin. J’ai parcouru en entier le 1er volume de 18341, de sorte que mon petit
travail ira tout seul et très vite et que vous ne me gronderez plus.
Cher petit
homme adoré tous les jours plus, c’est bien vrai, et s’il y avait des paroles assez
énergiques pour exprimer tout ce que je sens tu en serais ravi.
Tu vas venir
tout à l’heure, n’est-ce pas ? D’abord j’ai besoin du volume en question pour faire
le
relevé général des représentations S. et CD2. Et puis je te verrai, et puis je
te parlerai, et puis je te baiserai, et puis je serai la plus heureuse des femmes
comme j’en suis la plus amoureuse.
Juliette
1 Juliette se charge de passer en revue les journaux en vue du procès que Hugo a intenté à la Comédie-Française.
2 Ces initiales désignent Casimir Delavigne et Scribe.
a « vraie ».
« 4 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 15-16], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8943, page consultée le 25 janvier 2026.
4 novembre [1837], samedi soir, 5 h.
Que devenez-vous donc mon Toto ? Il me semble que ce n’est pas l’heure d’aller chez M. Barthe ? Peut-être avez-vous eu votre avocat, mais il me semble qu’après ou avant vous auriez pu venir me voir une pauvre petite minute, surtout ayant à travailler pour vous1. Savez-vous que j’ai une idée là-dessus ? Je crains que vous ne m’ayez pas apporté la suite de la collectiona du Vert-Vert2 parce qu’il y a un tas de choses sur vous et peut-être sur moi. Si cela était, vous auriez tort de me le cacher parce que j’enverrai3 dans tous les cas demander dans les cabinets de lecture qui font des collections l’année 1834 et 1833 du Vert-Vert. Enfin je ne manque jamais les occasions qui peuvent servir à me tourmenter. Je ne vous ai pas vu aujourd’hui et voilà que je me figure toutes sortes de bêtises dont pas une n’est vraie. Peut-être que votre absence équivautb[à] tous les malheurs à elle toute seule. Je t’aime tant, mon adoré, que j’ai toujours besoin de te voir. Mme Guérard et la faiseuse de corsetsc sont venues tantôt. Du reste rien de nouveau. J’ai fini mon volume. J’attends les autres avec courage. Soirpa, soir man. Je t’aime je t’aime je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.
Juliette
1 Juliette se charge du travail fastidieux de dépouillement des journaux en vue du procès que prépare Hugo contre la Comédie-Française (voir les lettres des jours précédents).
2 Journal consacré à la vie théâtrale, fondé en 1832 par Anténor Joly. Hugo y collabora, parfois anonymement.
3 Formule elliptique : il faut comprendre « j’enverrai quelqu’un » (un domestique, la bonne).
a « colection ».
b « et qui vaut ».
c « corcet ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
