« 19 décembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 379-380], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5043, page consultée le 27 janvier 2026.
19 décembre [1848], mardi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon beau bien-aimé, bonjour, je te baise depuis ici
jusqu’où tu es. Comment vas-tu mon cher petit soulard ? Vous voyez bien que vous
trouvez le temps de vous promener à droite et à gauche quand vous voulez, et quand
vous me refusez à moi une pauvre petite culotte.
C’est bien mauvaise volonté de votre part. Je ne veux pas m’enfoncer dans ce chapitre
parce que je n’en sortirais pas. J’aime mieux fermer mes yeux que les ouvrir sur cette
chose triste. Maintenant que je ne regarde plus de ce côté-là, je peux vous dire que
je vous aime comme mon beau et bon amant que vous êtes. Baisez-moi. Je suis de l’avis
de Charlot pour tout ce qui te touche mais
il ne faut pas qu’il soit si féroce avec cette canaille de Nationala. Des coups de bec... de plume tant qu’il voudra mais pas de
coups d’épée1. Rien ne me
tourmente plus que cette surabondance de courage qui va jusqu’à la provocation. Mais
je te parle là de choses qui ne me regardent pas au point de vue de la politique et
de
la bravoure, mais qui intéressent beaucoup mon cœur à cause du chagrin affreux que
tu
aurais s’il arrivait la moindre chose à ce beau garçon si digne de t’appartenir. C’est
ce qui me fait désirer de toutes mes forces qu’il ne se commette pas avec tous ces
misérables porte-plumes dont l’âme est aussi basseb que leur esprit est petit.
Quelle
drôle de lettre je t’écris là, mon adoré, ce qui n’empêche pas que je ne t’aime à
deux
genoux.
Juliette
1 En octobre 1848, après avoir écrit un article attaquant le journal Le National, Charles Hugo avait failli se battre en duel avec le rédacteur en chef du journal modéré, Léopold Duras. Le 16 décembre, L’Événement publie à sa une un article provocant et non signé, qui pourrait être du fils de Victor Hugo. Juliette Drouet craint un nouveau conflit entre les deux hommes.
a « national ».
b « basses ».
« 19 décembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 381-382], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5043, page consultée le 27 janvier 2026.
19 décembre [1848],mardi midi ½
Je n’ai pas de nouvelles à t’apprendre, mon Toto, sinon que je t’aime à perte de vue
et que je te désire à outrance. Il me semble que tu dois avoir bientôt un billet à
me
donner pour l’Assemblée nationale ? Maintenant que je suis installée et toi aussi,
ou
à peu près, il faut me donner tous les moyens possibles de te voir le plus souvent
et
le plus longtemps que je pourrai1. Celui-ci en est un
tout trouvé et pour lequel il ne faut de ta part ni temps ni
argent, il ne faut qu’un peu de mémoire et de bonne volonté. Tâchez donc d’en avoir très prochainement, s’il vous
plaît, et même s’il ne vous plaît pas.
Vous savez que je suis toute blanche de
lessive. Je ne vous dis que cela. Si vous n’avez pas l’oreille trop dure vous
entendrez très bien ce que parler veut dire. Malheureusement je crois que vous avez
perdu l’OUÏE depuis longtemps et c’est pour cela que vous me dites toujours NON, ah !
Nom d’un nom, petit bonhomme que vous êtes, ça n’est pas très glorieux ce que vous
faites, ou plutôt ce que vous ne faites pas. À votre place j’en rougirais jusque dans
les profondeurs de mon caleçon réactionnaire. Mais vous n’avez pas de cœur et rien
ne
peut vous faire changer de couleur, pas même les reproches humiliants et trop fondés
de votre pauvre mystifiée Juju.
1 Le 15 octobre, la famille Hugo a emménagé au 37, rue de la Tour-d’Auvergne. Juliette Drouet, quant à elle, s’est installée au cours du mois de novembre à la cité Rodier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
