« 12 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 27-28], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1542, page consultée le 27 janvier 2026.
12 août [1846], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour mon doux bien-aimé, bonjour mon adoré béni, bonjour. Je baise tes doux cheveux un à un et toute ta ravissante petite personne d’un bout à l’autre. Je suis levée depuis 6 h. J’ai travaillé à mon jardin jusqu’à présent, dans l’espoir de dissiper le malaise que j’ai depuis hier et qui m’a empêchée de dormir une partie de la nuit. Je ne sais pas encore si j’ai bien fait car je n’y vois pas à force d’étourdissements. Malheureusement, je n’ai pas l’espoir d’aller vous retrouver aujourd’hui car vous n’avez pas de séance nulle part. Quand donc la Chambre se réunira-t-elle ? J’attends avec impatience le moment où vous voudrez bien couper le cou à cet infortuné fou1. Pour être avec vous une minute, je suis capable de tout et de bien autre chose. Je me ferais couper mon propre cou, si cela pouvait me donner l’occasion d’être avec vous une minute plus tôt. Voilà mon opinion. Je ne t’ai pas remercié hier du bon petit copeau que tu m’as donné2 et que j’ai trouvé parmi les journaux. Cependant, il m’a fait un bien vif plaisir et je l’ai bien baisé avant de le serrer. Seulement, vous serez cause que je me crèverai les yeux à force de m’appliquer à lire les gribouillis microscopiques qui sont dessus. Écrivez donc plus gros la prochaine fois, s’il vous plaît.
Juliette
1 Il s’agit de Joseph Henri, accusé de tentative de régicide.
2 À élucider.
« 12 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 29-30], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1542, page consultée le 27 janvier 2026.
12 août [1846], mercredi après-midi, 3 h. ¼
Je suis bien contente d’aller te retrouver, mon cher petit homme. J’espère que tu ne me laisseras pas attendre aussi longtemps qu’hier. Je ne sais pas pourquoi mais un trop long séjour dans une église m’attriste au-delà de toute expression1. Cela tient peut-être à la disposition d’esprit dans laquelle je me trouve dans ce moment-ci. Cependant, j’aime encore mieux t’attendre longtemps que de ne pas aller te chercher. Je l’aime infiniment mieux et plus qu’infiniment mieux. Je suis en proie à un mal de tête abominable. Le dedans de mes mains brûlea comme du feu. Cela n’est pas un mal nouveau pour moi malheureusement, mais chaque fois que je l’éprouve à ce point-là, je ne sais plus où j’en suis. Si je pouvais vous insinuer de ne pas me faire rentrer tout de suite à la maison, ce serait très gentil, et cela me guérirait tout de suite. Mais hélas ! je n’y compte pas. Je sais trop bien que vous ne pouvez pas vous livrer à ces sortes d’inspirations. Ce serait pourtant bien charmant. Enfin, comme compensation, je vais vous voir tout à l’heure. C’est beaucoup mais ce n’est pas assez puisque ce n’est pas tout. Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime comme une goulue et je ne voudrais jamais m’en aller de boune eu2 quand je suis avec vous.
Juliette
1 Juliette et Victor Hugo avaient l’habitude de se retrouver dans une église quand les séances à l’Académie ou à la Chambre des Pairs se terminaient.
2 Imitation d’un accent patoisant ou étranger pour “bonne heure”.
a « brûlent ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
