25 avril 1843

« 25 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 63-64], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10891, page consultée le 23 janvier 2026.

Je ne me trompe pas, mon Toto, quand je crois que tu ne viendras pas avant minuit. Je suis si bien au fait de tes hideuses habitudes que j’ai le double chagrin de ton absence : – celle présente et celle que je prévois. Je ne veux pas recommencer ma maussade lettre d’hier au soir. Outre que ça n’avance à rien, cela a le triste avantage de t’ennuyera supérieurement. Seulement, je veux dorénavant aller à toutes tes représentations. J’aurai encore plus de chance de te voir plus tôt et puis je grignoteraib votre Burgraves, cela me fera peut-être prendre un peu plus patience. En attendant, j’ai deux ou trois nez de carton les uns sur les autres pour avoir manqué l’occasion d’aller ce soir dans ma loge K. Je suis une fichuec bête et archi-fichue bête et je me donne un tas de coups de poings dans le nez.
J’espère, du reste, que voilà un temps à souhait ce soir. La représentation sera fameusement belle si le Constitutionnel, le National et l’Odéon1 ne s’y opposent pas. Jusqu’à présent ils en ont été pour leurs frais de turpitudes et d’argent. Il faut espérer qu’ils se lasseront de ces dépenses inutiles. Ce dont je ne me lasserai pas, mon Toto, c’est de vous désirer et de vous aimer. Mais je voudrais que vous lassassiez de me faire attendre vingt-trois heures sur vingt-quatre comme vous le faites tous les jours. Mais malheureusement si je tiens bon dans mon amour, vous tenez aussi bien dans votre ridicule manière d’être avec moi de sorte que nous pourrons aller comme ça jusqu’à la consommation des siècles sans être ni plus avancés ni plus heureux que ce soir.
J’ai un mal de tête hideux dans le côté droit de la tête. Il me semble qu’on m’y donne des coups de marteau. Pour un rien je crierais de toutes mes forces. Encore si tu pouvais m’entendre et venir plus vite cela me soulagerait, mais hélas ! je ferai aussi bien de me taire. Je vous aime mon Toto mais je voudrais bien mettre un peu de bonheur sur mon amour.

Juliette


Notes

1 La pièce de Ponsard, Lucrèce, est jouée sans interruption du 24 au 29 avril à l’Odéon.

Notes manuscriptologiques

a « ennuier ».

b « grignotterai ».

c « fichu ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.