« 9 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 248-249], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2445, page consultée le 01 mai 2026.
9 juin [1838], samedi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher petit homme, comment va ton genoua ? Vous n’êtes pas gentil, mon ami, de n’être pas venu vous faire
soigner ce matin, j’y comptais mais…. je me suis trompée. Au reste, mon pauvre adoré,
je comprends plus que jamais l’éloignement que tu as pour moi, je ne t’en veux pas.
Dans le cas, mon bien-aimé, où ton genoub te ferait encore mal ce matin, il faudrait faire cette petite
friction bien simple que tu m’as vue faire cette nuit.
Je pense que tu es
peut-être à l’enterrement de cette pauvre duchesse d’Abrantès ce matin, ce qui m’expliquerait ton absence. Tâche de ne pas te
fatiguer et d’éviter les accidents que ta distraction multiplie autour de toi. Je
suis
inquiète chaque fois que je ne te vois pas, c’est toujours, mais au moins tâche que
j’en sois quitte pour la peur. Pauvre bien-aimé adoré, tu l’as échappé belle hier,
ça
fait frémir d’y penser. Je t’aime, mon Victor, j’ai les yeux gros comme le poing et
le
cœur comme les tours de Notre-Dame. Je suis triste, j’ai besoin de te voir et je
t’adore. Bonjour mon petit o, bonjour mon gros To. Vous voyez bien que je vous ris,
venez bien vite. Je t’aime, mon Toto, de toute mon âme.
Juliette
a « genoux ».
b « genoux ».
« 9 juin 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 250-251], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2445, page consultée le 01 mai 2026.
9 juin [1838], samedi soir, 9 h. ½
Mon pauvre bien-aimé, depuis que tu m’as quittée, mon âme te suit partout. Je porte
ton cher petit genoua sur mon cœur,
j’ouvre les bras par un mouvement d’amour involontaire pour te porter. Je t’aime,
mon
Toto. Jamais mon Victor bien-aimé, tu ne sauras comment je t’aime.
J’ai trouvé
Mme Triger
chez Mme Pierceau. J’ai dînéb
avec elles deux. Mon cher adoré, j’avais le cœur gros de t’avoir quitté encore
souffrant. Et puis l’histoire de cette pauvre Duchesse m’a mis du noir dans l’âme1. C’est si lamentable et si misérable que la mort de
cette pauvre femme que j’ai fait sur moi-même et sur ma mort un rapprochement hideux.
Mais j’espère que Dieu m’exaucera et que je mourrai avant que tu aies cessé de m’aimer
tout à fait. Pardon, mon bien-aimé, de t’attrister de mes tristesses. Reviens bien
vite, mon Toto chéri. J’ai bien besoin de te voir, j’ai besoin de ton regard pour
relever mon courage, j’ai besoin de ta bouche pour respirer, j’ai besoin de ton
soufflec pour vivre. Prends bien
garde qu’il ne t’arrive rien. Vous n’avez que le droit de me baiser, mon Toto
chéri.
Juliette
1 Dans la lettre précédente, écrite le même jour, Juliette Drouet évoque l’enterrement de la duchesse d’Abrantès.
a « genoux ».
b « dîner ».
c « soufle »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
