« 16 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 153-154], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4322, page consultée le 24 janvier 2026.
16 août [1841], lundi après-midi, 3 h. ½
Mais mon cher petit souffleur, vous ne me donnez pas le
temps de respirer, encore moins celui de TRAVAILLER. Cependant, comme je sens tout
un
monde d’ouvriers en proie au désœuvrement si je ne viens pas à leur aide, je vais
me
dépêcher à faire toutes mes petites affaires pour TRAVAILLER et leur donner de la
COPIE1. Il
fait du reste un affreux temps d’orage très propice à la recette de ce soir s’il ne
pleut pas à l’ouverture des bureaux, ce que j’espère. J’espère aussi que vous tâcherez
de me conduire voir au moins les deux derniers actes de Ruy-Blas2 ? C’est bien le moins que
vous me donniez cette joie à moi qui vous CORMODEa toutes vos goubillesb et qui vous fait tout votre OUVRAGE. J’ai mal à la tête tout de même et je ne
serais pas fâchée qu’il plût un peu à présent pour rafraîchirc le temps, ce serait tout profit
pour moi et pour vous car la pluie à présent c’est 1500 F. de plus dans la caisse
du
théâtre Saint-Martin ce soir. Malgré mon mal de tête, il faut que je me dépêche si
je
veux n’être pas en retard pour tantôt. J’ai encore ma lampe à faire et mon linge à
compter et à recevoir, plus ma toilette. Si sommaire que je la fasse, il faut
cependant la faire, n’est-ce pas mon cher petit cochon ?
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je me réjouis en pensant que votre monde va aller à la campagne et que vous
serez forcé de venir un peu plus souvent chez moi3. QUEL
BONHEUR !!!!!dJe me réjouis encore de ce que nous n’avons plus que trois
semaines, quoique ce soit encore trois siècles, pour nous envoler bien loin, bien
loin, bien loin4. Pécopin, Pécopin, Bauldour, Bauldour,
Bauldour. Baise-moi, mon adoré, et aime-moi de toute ton âme, sinon par amour, du
moins par justice.
Juliette
1 Hugo est en pleine rédaction de la lettre XXI du Rhin, « Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour ».
2 Ruy Blas,a été reprise à la Porte-Saint-Martin le mercredi précédent, le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt pour de nombreuses représentations.
3 Pendant l’été 1841, les Hugo ont loué à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise, un appartement meublé de la mi-juin à la mi-octobre, et le poète y passe du temps de juillet à octobre pour terminer la rédaction du Rhin.
4 Depuis 1834, Hugo et Juliette ont pris l’habitude d’effectuer un voyage de quelques semaines ou mois pendant l’été et le printemps. Elle attend toute l’année ce moment qui est le seul où elle peut vivre « de la vraie vie » seule avec le poète mais malheureusement, en 1841, leur voyage annuel n’aura pas lieu, à son grand désespoir.
a Néologisme de Juliette qui joue sur la proximité phonique avec « raccommode » ?
b Juliette ne voulait-elle pas plutôt écrire « houbille », mot qu’elle a déjà employé dans une lettre du 2 avril et qui signifie « vieux vêtement, guenille » ?
c « raffraichir ».
d Il y a cinq point d’exclamation.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
