« 10 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 133-134], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4316, page consultée le 24 janvier 2026.
10 août [1841], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour ma joie et ma vie, bonjour toi que j’aime.
Je viens d’envoyer la bonne chez Mme Triger, nous saurons tout de suite si elle accepte
ou si elle refuse. Je suis un peu ragnagna ce matin, cela
tient à ce que j’ai pleuré cette nuit et que je ne peux plus pleurer sous peine d’être
en marmelade le lendemain. J’irai demain à cette représentation comme tu voudras.
Je
n’irai même pas si tu veux, enfin je ferai ce que tu voudras, mon amour, je te laisse
la responsabilité du juste et de l’injuste1. Ce que je
veux c’est t’aimer et être aiméea de
toi, le reste ne me regarde pas.
Il fait beau aujourd’hui, trop beau même pour tes
représentations. Mais tu es habitué à cela avec tes pièces, ainsi il n’y a pas à s’en
occuper. Le jour où il te plaira de faire jouer tes pièces dans des saisons plus
décentes tu n’auras que le petit doigt à lever. Si tu ne le fais pas c’est que cela
te
convient. Il me convient aussi de t’aimer et de t’adorer depuis un bout de l’année
jusqu’à l’autre et en réitérant jusqu’à ce que Dieu me coupe la musette. Je t’attends,
mon amour, et je te désire.
Juliette
1 Ruy Blas sera repris à la Porte-Saint-Martin dès le lendemain, le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt, pour de nombreuses représentations. La veille, Juliette a demandé à Hugo la permission d’assister à la première, et en même temps une loge pour Mme Krafft et sa sœur et deux places pour Mme Triger.
a « aimé ».
« 10 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 135-136], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4316, page consultée le 24 janvier 2026.
10 août [1841], mardi après-midi, 3 h. ¼
Tu es admirable, mon pauvre ange, de bonté et de dévouement, mais comment ferais-tu
pour faire face à tant de choses qui s’accumulent sur toi comme à plaisir ?
Laisse-moi, mon adoré, faire ce que je t’ai dit, ce sera une si grande joie pour moi
que d’apporter ma petite pierre à ce grand édifice de sacrifice et de dévouement que
tu construis avec tant de courage à toi tout seul. Tu ne sauras jamais le bonheur
que
tu me donneras en acceptant ce petit coup de fouet, ce serait une marque de confiance,
d’estime et d’affection dont je te serais reconnaissante toute ma vie, mon bien adoré
Victor.
Je viens d’écrire à Mesdames Mme Franque et Mme Triger. J’espère que demain on ne fera aucune
difficulté au contrôle pour me laisser entrer, c’est que ça ne serait pas très drôle
et me ferait plus que du chagrin. J’ai écrit le N° et le
côté de la baignoire, j’espère que cela suffira.
Je t’aime, mon Toto chéri. Tu
avais tes pauvres beaux yeux plus fatigués que d’habitude aujourd’hui. Je t’en prie,
mon adoré, repose-toi un peu. Mon adoré, mon Victor bien-aimé, enseigne-moi quels
sont
les mots, les tendresses et l’adoration qui peuvent avoir de l’influence sur toi,
je
les emploierai tous pour te faire prendre quelque repos.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
