« 29 mars 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 129-130], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4394, page consultée le 01 mai 2026.
29 mars [1848], mercredi après-midi, 1 h.
Je continue de tirer sur mon 150 francs avec toute l’énergie dont je suis capable
et
de compte fait il me reste 3 francs 2 sous pour aller
jusqu’à samedi matin. J’espère que le bon Dieu fera pour mes 3 francs 2 sous un peu de miracle des 5 pains et des 2 poissons dans le désert et qu’il les multipliera de manière à en nourrir non
cinq mille hommes, mais deux simples femmes qui ont des dents effrayantes. En
attendant je fais toutes sortes de dépenses de LUXE, rétamer des
casseroles, raccommoder
des brodequins, acheter DEUX CURIOSITÉS, sans compter
le reste. Le mois prochain, je ne désespère pas de venir au secours de la crise
financière de mes propres deniers à moins que je n’aie le sort du cheval dont on
diminuerait la ration d’avoine de jour en jour et qui s’est avisé de mourir juste
le
jour où il s’était habitué à n’en pas manger du tout. J’espère que je n’aurai pas
ce
mauvais goût et que je ne jouerai pas ce méchant tour à mon économie. Je ne sais pas
si c’est une idée, mais il me semble que je suis un peu plus bête depuis la
République.
Je sais bien que cela n’a pas d’inconvénient pour l’humanité mais
cela peut cependant à la rigueur t’embêter énormément. Je le sens et je m’en afflige
pour toi et pour moi. Si je pouvais changer mon tic en quelque chose d’aimable et
de
charmant, hélas ! je ne sais même par quel bout m’y prendre. Je t’aime, je t’adore,
je
ne sors pas de là.
« 29 mars 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 131-132], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4394, page consultée le 01 mai 2026.
29 mars [1848], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon doux bien-aimé, bonjour avec toute la sève de mon âme, avec toutes les
fleurs de mon amour, avec toute l’exubérance de la passion la plus pure et la plus
dévouée, bonjour. Je te vois bien peu, mais si peu que ce soit ta douce vue suffit
pour éclairer, réchauffer et vivifier en moi tout ce qu’il y a de bon, d’aimable et
d’heureux. Je te remercie, mon soleil, je t’aime, ma joie, je te bénis, mon amour.
Je
t’admire mon sublime poète. Je baise tes pieds et je me prosterne devant ta divine
bonté. Je t’écrirai ce soir ce que j’ai vu hier. Je voudrais que mes observations
s’arrêtassent là et que tout rentre dans le calme parfait car je sens à travers
l’épaisseur de ma pauvre intelligence qu’il vaudrait mieux pour tout le monde un peu
moins de Marseillaise et un plus de tranquillité.
J’ai reçu tout à l’heure une
lettre de mon beau-frère1, en voici un passage : « ici l’enthousiasme n’est pas grand et
est en général le résultat de la peur et de la nécessité ».
Je crois que c’est à
peu de chose près le sentiment vrai de chacun des Parisiens. Mais c’est assez de
politique comme cela pour une fois. Ma constitution physique
et morale n’en supporte même pas autant. Je t’aime, voilà mon opinion. Je t’adore,
voilà ma devise.
Juliette
1 Louis Koch, époux de la sœur de Juliette Drouet, Renée.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
