« 7 avril 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 96-97], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12853, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 7 avril 1880, mercredi soir, 4 h. ½
Cher bien-aimé, j’ai bien peur que mes tendresses en retard depuis hier ne te
paraissent aussi rassiesa que nos
petits pains de l’avant-veille de dimanche dernier. Je te les envoieb néanmoins avec l’arrière-espérance
que tu y retrouveras encore quelque saveur. Il est vrai que j’en juge d’après mon
propre appétit qui me fait dévorer tout ce qui reste de ton cœur, et jusqu’aux
dernières miettes de ton amour. Enfin, mon grand bien-aimé, tâche de prendre en goût
et en gré cette pauvre vieille restitus sans sel
et presque moisie. Au moment où je t’écris ce gribouillis insipide, un jeune curé
entre délibérément, et comme chez lui, derrière Mme la
Princesse1
qui vient d’arriver suivie déjà par son fidèle Ronzi2. Tous ces gens-là Princes, prêtres, et chanteurs ont l’air fort
allègres et ne paraissent pas se soucier du tout de l’article 73 plus que de l’an 40.
Reprisec à onze heures et demie du soir
espérant, cette fois, achever cette sempiternelle élucubration avant d’aller me
coucher dans ton doux voisinage. Je te fais souvenir, pendant que j’y repense, que
tu
dois aller à l’Académie demain, jeudi. Malheureusement je ne me souviens plus de
l’heure de la séance, et je crains qu’il soit bien difficile de la retrouver dans
le
tas des lettres sur ta cheminée, la convocation qui l’indique. Mais il me semble que
ce genre de séance ne varie pas ses heures. En attendant, te voilà prévenu à peu près.
En entrant dans ma chambre tout à l’heure, j’y ai trouvé la boite de thé apportée
par
Mme Angèle
Magnin et dont je ne l’ai pas remerciée pour ne pas l’embarrasser dans le
cas où elle l’aurait oubliée. Ce don précieux en raison même de sa provenance,
l’ambassadeur du céleste empire en personne, excusez du peu, sera fort goûté par nos
buveurs de thé, Mme Lockroy et le sévère Schoelcher. Moi j’aime mieux monter en grade dans ton estime et dans ton
cœur que dans mes théières, teld est
mon goût.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Princesse de Lusignan, propriétaire de leur logement de la rue d’Eylau, voir Nar-Bey.
2 À identifier.
3 Loi visant à interdire l’enseignement supérieur aux congrégations religieuses qui avait été proposée le 4 mars. Elle ne cesse d’agiter le Sénat à cette époque des grandes réformes de l’éducation entamées par Jules Ferry. Elle sera rejetée le 18 mars. Mais une autre semblable sera adoptée le 29 mars 1880.
a « rassises ».
b « envoient ».
c « Repris ».
d « telle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
