« 21 septembre 1879 » [source : BnF, Mss, NAF 16400, f. 223], transcr. Apolline Ponthieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8271, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 21 septembre [18]79, dimanche matin, 7 h.
J’espère, mon cher bien-aimé, que tu as continué dans ton lit ici le bon sommeil que
tu avais dans celui de Veules et celui de Villequier1
où tu ne faisais qu’un somme toutes les nuits. J’espère aussi que tu reprendras peu
à
peu la douce habitude de m’aimer comme je t’aime et comme j’ai besoin d’être aimée
de
tout ton grand cœur.
Parmi les lettres venues se trouve la carte de Mme Camille Berru
avec son adresse à Paris pendant son séjour. Je vais lui écrire séance tenante et
l’inviter à dîner de ta part le jour qu’elle voudra. Tu as reçu aussi une lettre des
habitants de Port-Vendre qui te remercienta, ainsi que Louis
Blanc, d’avoir choisi leur ville pour la rentrée des amnistiés2 et une lettre du
Ministre des Postes et des Télégraphes qui t’informe que ton protégé facteur de
Veules, touche déjà 70 F. par an de plus que ne lui accorde le tarif qui se paie au
kilomètre. Il regrette de ne pouvoir pas faire droit à ta recommandation mais il lui
accorde tout de suite un secours de 40 s. pour te prouver
combien il tient à honneur de te satisfaire dans la mesure de son autorité. Je n’ai
pas encore pris connaissance, comme tu le penses bien, des lettres triées par le bon
Lesclide. Dès que j’aurai pris mon bain je
m’y mettrai. Jusque-là je tâche de me reconnaître dans mon cœur qui n’est pas en très
bon état mais qui t’adore et qui te bénit.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Juliette Drouet et Victor Hugo viennent de rentrer d’un séjour d’une quinzaine de jours à Veules-les-Roses, chez Paul Meurice, et à Villequier, chez Auguste Vacquerie.
2 Il s’agit des amnistiés de la Commune, que Hugo mettra un point d’honneur à défendre à la fin de sa vie : il voit dans l’amnistie un exemple moral pour le peuple, et une action fondamentalement républicaine. Une première loi en faveur de l’amnistie des Communards a d’ailleurs été votée le 3 mars 1879 ; elle sera complétée par une nouvelle loi, le 11 juillet 1880.
a « remercie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils montent dans un ballon captif et font un voyage à Veules et à Villequier.
- FévrierLa Pitié suprême.
- 28 févrierDiscours pour l’amnistie.
- 21 marsMort de Léonie Biard.
- 5 juilletIls montent dans un ballon captif au-dessus de la cour des Tuileries.
- 28 août-11 septembreSéjour à Veules (chez Paul Meurice) et à Villequier (chez Auguste Vacquerie)
- 2 décembreBlanche Lanvin épouse Émile Rochereuil.
