« 2 juillet 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 172], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4621, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 2 juillet [18]78, mardi soir, 7 h.
Cher grand bien-aimé, j’attendais pour reprendre la douce habitude de t’écrire que toi-même tu sentes le besoin de me lire. Car autant j’ai de bonheur à épancher jour à jour le trop-plein de mon cœur dans le tien autant il me serait odieux de te l’imposer. Tu viens d’être un peu souffrant par suite de la fulgurante et sublime campagne que tu viens de faire en politique et en littérature1. Heureusement cette fatigue n’est que passagère et reviendra de la santé pleine et entière par quelque temps de repos passé dans ce bon et doux Guernesey trop longtemps délaissé par nous. Le plus tôt que nous pourrons y revenir sera le mieux pour toi, d’abord, pour tes adorables petits-enfants et pour moi, ta pauvre vieille amie. Aussi je m’associe de cœur et d’âme à ceux qui te prienta de faire un petit voyage dans ce pays qui fut le nôtre pendant près de vingt ans. J’ai fait descendre nos malles de la soupente pour les faire faire demain afin de pouvoir partir jeudi si c’est possible. En attendant, mon cher bien-aimé, je te souris et je te bénis.
1 Dans la nuit du 27 au 28 juin, Victor Hugo a été victime d’un accident cérébral
dont la nature exacte, indécidable, a fait couler beaucoup d’encre. Ce qui est
certain, c’est que c’était beaucoup moins grave que ce que les journalistes puis les
biographes avides de sensationnel ont écrit, sans être pour autant complètement
anodin. Toutes les pièces du dossier sont réunies et analysées par le docteur
Dominique Mabin dans son excellent article « Qu’est-il arrivé à Victor Hugo fin
juin 1878 ? Affabulations, rumeurs, témoignages, conjectures » (Echo
Hugo, n° 5, 2005, p. 19-48 ; disponible en ligne
http://www.victor-hugo.org/echo/Echo5pdf/quest%20il%20arrive%20VH%20etude.pdf).
a « prie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
