30 mars 1873

« 30 mars 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 86], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2333, page consultée le 25 janvier 2026.

Cher bien-aimé, j’ai envoyé décommander la voiture, pensant bien faire en voyant tomber de légères averses de quart d’heure en quart d’heure. J’espère que tu m’approuveras, même si le temps finissait par revenir plus beau comme il en fait le semblant en ce moment. Bien entendu j’ai fait dire en même temps qu’on vînt demain à 3 heures s’il faisait beau. Ai-je bien fait mon maître ? J’attends votre réponse de patte ferme. Au reste le guignon de notre petite promenade ne m’étonne pas car j’avais déjà éprouvé celui de te manquer au passage ce matin bien que je fusse à mon poste dès six heures et demie. J’espère que la soirée sera moins contrariée que la journée et que nous aurons quelques bonnes petites heures de rabiot. Je dois dire, pour être vraie, que je renoncerais volontiers à plusieurs promenades, qui me sont pourtant bien chères, pour t’entendre lire quelques pages de Quatrevingt-treize le jour qu’il te plaira. Malheureusement tu es encore moins prodigue de ces faveurs-là que le bon Dieu des belles journées, et ça n’est pas peu dire ! Il est encore vrai que nous avons comme compensation le nez ruisselanta du premier des Guernesiais ! Il faudra bien s’en contenter ce soir et faire de nécessité vertu.
Pour me venger je vais pincer un peu la corde politique, ça vous apprendra ! Non, non, non, je ne suis pas d’avis que tu acceptes cette contremarque de Versailles pour voir jouer les dernières misérables scènes de cet odieux drame sinistre et inepte qui se joue depuis deux ans ; c’est bien assez que tu en aies vu l’infâme et grotesque lever de rideau. Telle est mon opinion et j’apporte ma tête, plus tout mon cœur, faites-en ce que vous voudrez.


Notes manuscriptologiques

a « ruissellant ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.