« 8 décembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 241-242], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8600, page consultée le 26 janvier 2026.
Jersey, 8 décembre 1852, mercredi matin 9 h.
Bonjour, mon doux adoré, bonjour, mon grand petit homme, bonjour, je t’aime et vous ? J’espère que tu n’auras rien qui t’empêche de venir de bonne heure aujourd’hui car il n’y a ni poste, ni réunion, ni commission que je sache. J’espère encore que tu m’apporteras quelque admirable chose à copier et j’en lèche d’avance les barbes de ma plume en fer. Mais, en attendant, je suis comme une pauvre Juju sans âme et surtout sans esprit. J’ai tellement pris l’habitude de ne vivre qu’en toi et par toi que lorsque tu me manques je végète tristement comme une pauvre huître dont le flot s’est retiré. Cet état de mollusque à sec n’a rien de bien divertissant et je ne demanderais pas mieux que d’en changer si cela ne dépendait que de moi. Mais malheureusement il ne faudrait rien moins que votre coopération à cette métamorphose, mon cher petit Brahma. Change, change-moi Brahma mes écailles en ailes. Après cela je ne vous en aime que mieux peut-être dans le fin fond de ma coquille.
« 8 décembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 243-244], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8600, page consultée le 26 janvier 2026.
Jersey, 8 décembre, mercredi matin 11 h. ½
Si vous n’étiez pas si paresseux, mon petit homme, vous auriez très bien pu venir me voir un peu ce matin et profiter de ce beau soleil. Qui sait s’il y en aura tantôt. En attendant moi je bisque dans mon coin de toutes ces bonnes occasions perdues ; et je passe mon temps à mettre le holà entre le chien et le coq lequel, pauvre coq jersiais, a déjà perdu un œil dans la bataille, il y a trois jours. Je n’ai jamais vu un courage pareil à ce pauvre moigneau de basse-cour. Le chien le traîne par le cou, par la queue, par les ailes, à travers champ. On le croit étranglé, écartelé, écrabouillé mais, à peine le chien l’a-t-il lâché, qu’il se remet sur ses ergots et se met à courir sus avec un courage digne d’un meilleur sort. Cette haine acharnée a pour résultat de faire remettre Faidèle1 à la chaîne en attendant qu’on mette le pauvre coquerico à la broche. Triste sort de quelque côté qu’on l’envisage et qui ne me distrait pas assez de votre absence, pour n’en pas éprouver en moi-même un grand vide et un grand espoir.
Juliette
1 Chien des propriétaires de Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
