« 29 août 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 257-258], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8730, page consultée le 24 janvier 2026.
Jersey, 29 août 1852, Dimanche matin, 7 h.
Bonjour, méchant homme, bonjour Toto de mauvaise foi, bonjour beau prometteur, bonjour homme sans parole, bonjour. Je suis presque fâchée car il me semble que vous auriez bien pu venir me voir hier sans manquer à tous vos devoirs de famille et de CITOYEN, surtout après les deux jours de plaisir que vous venez de vous donner. Maintenant je ne crois plus à vos promesses, c’est fini. Quand je pense que, malgré la fatigue que j’avais hier, malgré une faim horrible et l’heure avancée, malgré le dévouement complet de mon garde-manger, je suis revenue par le chemin le plus long dans l’espoir absurde de vous rencontrer, je regrette ma courbature et ma fringale et mon dîner mangé à huit heures du soir. Taisez-vous, vilain monstre, ou je donne la préférence au sieur Bonaparte sur vous. A ce sujet je vous dirai que j’ai reçu une lettre d’Yvan toute remplie d’admiration et de reconnaissance et dans laquelle il vous adore comme son Dieu, au nez et à la barbe de la mère Reybaud, que cela doit faire rire jaune. Sa lettre est très expansive et très cordiale et il y a d’autant plus de mérite qu’il a à se défendre contre la petite obsession réactionnaire de tous les instants de ce pauvre vieux bas-bleu classique et provençal. Comme cette lettre est tout entière pour vous, j’aurais trouvé juste de la porter sur votre [MÉMOIRE ?]. C’est ce que je ferai la première fois que cela se présentera. En attendant, je bisque et je rage de tout mon pauvre cœur humilié et triste. Si vous ne trouvez pas moyen de me rabibocher aujourd’hui, je ne sais pas ce que je ferai car je suis très rageuse et très mal montée. Voime, voime et surtout je vous aime cent millions de fois trop.
Juliette
« 29 août 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 259-260], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8730, page consultée le 24 janvier 2026.
Jersey, 29 août 1852, dimanche après-midi, 2 h. ½
Est-ce que vous pensez en être quitte pour ce semblant de visite que vous m’avez fait ce matin, affreux démagogue ? S’il en était ainsi, convenez que tous les genres de vengeance seraient encore trop doux pour vous et que je serais parfaitement dans mon droit en en inventant de nouveaux S G du G de M. B1. Très sérieusement, mon adoré petit bien-aimé, est-ce que tu ne viendras plus d’ici à ce soir ? Si cela était, je me regarderais comme très malheureuse et j’en profiterais pour être la plus triste des femmes et la plus mauvaise des Juju. J’espère qu’il n’en sera pas ainsi et que tu trouveras moyen de t’échapper un tout petit moment avant l’heure du dîner. Il me semble que c’est facile, pourvu que tu y mettes un peu de bonne volonté. Est-ce que ces dames n’éprouvent pas le besoin de se reposer un peu et de mettre un petit temps d’arrêt entre le plaisir d’hier et celui de demain ? Quelles gouliaffes ! Je me contente à moins que cela, moi. Il est vrai que je ne suis pas gâtée du côté des promenades et des plaisirs. Mais je ne veux pas me plaindre pour ne pas te tourmenter inutilement. Viens quand tu pourras, mon adoré bien-aimé, je te promets de t’attendre avec patience et avec courage et je te promets encore bien plus, à coup sûr, d’être heureuse quand tu viendras quelsa que soient l’heure et le moment. J’ai d’ailleurs un bon compagnon de solitude, NAPOLÉON LE PETIT avec lequel je me complais presque autant qu’avec VICTOR HUGO LE GRAND. Tant pis si cela vous humilie, mais je n’en saurai rien rabattre, cela vous apprendra à faire des chefs-d’œuvre. Attrapé.
Juliette
1 À élucider.
a « quelque soit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
