« 11 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 111-112], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.872, page consultée le 01 mai 2026.
11 juillet [1851], vendredi matin, 7 h.
Bonjour, toi que j’aime, bonjour, mon petit homme, bonjour, mon bonheur, bonjour, ma vie, ma joie, mon âme, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? À quelle heure t’es-tu couché hier, mon bon petit homme ? Il ne suffit pas de rester chez toi pour éviter l’influence de l’humidité, il faut encore, pour te guérir, que tu ne veilles pas trop tard et que tu ne te fatigues pas, deux choses bien difficiles pour un homme aussi pris et aussi occupé que toi. N’oubliea pas dans tous ces tracas de la politique qu’il faut que tu sois guéri avant la fin de l’été. Quant à moi il m’est impossible de penser à autre chose qu’à ta pauvre gorge et à tout ce qui peut lui nuire ou la guérir. C’est pourquoi tous mes gribouillis sont pleins de toute cette sollicitude rabâcheuse. Je n’ai pas accepté tes billets pour aujourd’hui parce que la curiosité de ma jeune péronnelle1 n’aurait pas trouvé à se satisfaire à cette hauteur. Quant à moi, si je pouvais y aller seule et tous les jours et avec la certitude de te voir tout le temps, je n’y manquerais pas, quels que soientb la place et l’entourage mais ce qui serait pour moi une joie et un bonheur devient pour un indifférent de la fatigue et de l’ennui sans compensation. La première fois que tu auras deux places de tribune basse dont tu pourras disposer tu me les donneras et j’en profiterai pour te voir de plus près. Il sera bien malheureux si tu parles dans cette discussion de la révision que je ne puisse pas t’entendre, non seulement pour admirer plus tôt les belles et sublimes choses que tu diras, mais pour te prêter toutes les forces de mon cœur et de mon âme pendant cette effroyable lutte dans laquelle cette infâme droite emploiera toutes les plus déloyales manœuvres pour couvrir ta voix et pour épuiser tes forces. Quels quec soit la fatigue et le mal que tu éprouveras ils seront centuplés par mon imagination et par mon amour qui ne peut pas supporter pour toi la pensée d’une contradiction ou d’une souffrance. C’est pourquoi je regrette tant de ne pas pouvoir assister à la séance ou tu combattras dans de si mauvaises conditions et contre de stupides et déloyaux adversaires.
1 Il s’agit probablement d’Émilie Sarrazin de Montferrier avec qui Juliette Drouet va régulièrement au théâtre ou à l’opéra durant l’année 1851.
a « N’oublies ».
b « quelque soit ».
c « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.
- 1851Hugo visite les caves de Lille.
- 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
- 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
- 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
- 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
- 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
- 26-27 octobreAutre excursion.
- 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
- 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
- 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.
