« 24 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 85-86], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10342, page consultée le 25 janvier 2026.
24 novembre [1839], dimanche, midi ¾
Bonjour, mon adoré, bonjour, mon petit bien-aimé chéri. Je suis levée depuis déjà longtemps mais j’ai voulu arranger tes deux tisanesa auparavant de t’écrire et de fil en aiguille le temps se passe. Je t’aime, mon Toto et je te suis fidèle autant que tu peux le désirer et bien plus encore car mon amour est encore plus fort que le tien et par conséquent plus scrupuleux. Je t’aime. Je t’aime. Il gèle à pierre fendre aujourd’hui, aussi j’ai rentré toutes mes plantes frileuses dans MA SERRE. J’espère que ça n’empêchera pas la mère Pierceau de venir (je parle du temps). Dans tous les cas j’ai la fameuse Résisieux avec moi et je ne me plains pas. Je t’aime, mon Toto. Je t’admire, mon Victor. Je t’adore, mon bon petit amant. Tu as beau faire, mon bien-aimé, la conduite de [Granier ?] n’est rien moins que délicate et ta générosité et ton indulgence loin de la dissimuler ne la font que mieux ressortir. Moi je ressens plus vivement que toi la perte de 500 francs parce que c’est sur ta santé, ton loisir et mon bonheur que ça se paie et qu’en fait de ces trois choses-là je suis très avare et pas du tout généreuse. Enfin l’argent est tiré il faut le donner et ne pas recommencer. Je vous aime, mon petit homme. Vous n’êtes pas venu cette nuit et je sais trop pourquoi. Je vous aime, mon Dieu, je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a « tisanne ».
« 24 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 87-88], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10342, page consultée le 25 janvier 2026.
Je t’écris bien tard mon adoré, voici pourquoi : quand tu es venu, il était de bonne
heure, Mme Pierceau après toi et Mme Krafft à 9 h. ½ qui, ayant une voiture à l’heure, a
ramené Mme Pierceau et son fils. Elles viennent de partir il y a un quart d’heure,
par conséquent je ne pouvais pas t’écrire plus tôta. Du reste, je n’ai parlé que de toi et avec tout l’amour et
toute l’admiration que tu m’inspiresb. Tu pensesc
que je n’ai pas parlé du bonhomme à Mme Krafft, c’est une interprétation
que je ne veux pas lui dire pour ne pas nous rendre ridicules à ses yeux car il est
évident pour moi qu’elle n’a jamais eu l’intention de faire une plaisanterie qui nous
soit personnelle. Elle m’a apporté quatre horribles cochonneries en [illis.][illis.] et plâtré croyant que cela en valait la peine et que nous les achèterions. Je
lui ai dit que c’était hideux et ne valait pas deux sous, elle ne les a pas remportés
tout de suite parce qu’elle était dans une petite citadine remplie jusqu’au bord
de Mme Pierceau et de son fils. Mais une autre foisd qu’elle sera seule en voiture, elle
les emportera. [Du ?] reste, elle attendra pour le manchon le temps que
tu voudras ainsi que nous en sommes convenus.
Je te baise, te voici.
a « plutôt ».
b « m’inspire ».
c « pense ».
d « autrefois ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
