22 septembre 1870

« 22 septembre 1870 » [source : Collection particulière ], transcr. Jean-Marc Gomis, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12723, page consultée le 01 mai 2026.

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Je sais que tu as passé une bonne nuit, mon cher bien-aimé, ce qui me rend bien heureuse, mais je le serai encore davantage si tu viens me chercher de bonne heure pour aller voir nos chers petits-enfants1. C’est devenu un besoin pour moi et je sens que quelque chose manque à ma vie quand je ne les ai pas embrassés au moins une fois tous les jours. C’est ce qui me fait désirer que nous soyons le plus près d’eux possible. Je crois que mon désir est d’accord avec le tien autant, je le répète, que ce sera raisonnable et possible. Quant à la combinaison P. Meurice, je crains que ce ne soit pas pratique, non pas à cause du logis qui sera toujours assez grand, mais pour la nourriture. La mienne encore passe. Je peux envoyer chercher un plat de viande par Suzanne pour nous toutes à la plus prochaine gargotte, mais pour toi et pour tes enfants je ne vois pas comment se tirer de cette difficulté-là. Quant à aller demeurer sans toi autre part qu’ici, je n’y consentirai jamais, même si tu m’en priais2. Aussi, mon cher adoré, il ne faut rien changer à notre vie d’à présent, quelqu’incomplète qu’elle soit, si ce n’est pour un rapprochement général. J’en accepte, bien entendu, celui du danger que je veux partager à tes côtés sans distinction de lieu, d’heure, et de convenance. Tu me l’as promis et j’y compte comme sur la promesse la plus sacrée. Aujourd’hui la journée paraît devoir se passer dans un énervant statu quo. Dieu fasse que ce ne soit pas reculer pour mieux sauter. Hélas ! ce vilain jeu de mots involontaire en fait craindre plus qu’il n’est gros3. Enfin à la volonté de Dieu. Je t’adore.


Notes

1 Juliette se sent de plus la grand-mère des petits Georges et Jeanne.

2 Victor Hugo loge chez Paul Meurice et sa femme, rue Frochot. Juliette est descendue non loin, à l’Hôtel Navarin. Elle déménagera au Pavillon de Rohan, rue de Rivoli, dans le même immeuble que Charles Hugo, sa femme Alice et les petits-enfants. Ce nouveau logis l’éloignera de Hugo, qui cependant viendra y prendre ses repas. Ce sera aussi pour elle l’occasion de fréquenter journellement Georges et Jeanne, pour son plus grand bonheur.

3 Citation des Femmes savantes de Molière, où, à l’acte III, le « quoi qu’on die » du sonnet de Trissotin semble à l’une des auditrices dire « plus de choses qu’il n’est gros ».

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent en France après la chute de l’Empire, et connaissent les rigueurs du siège de Paris.

  • 2 févrierReprise de Lucrèce Borgia.
  • 10 aoûtArrivée de Louis Koch à Guernesey.
  • 15 aoûtJuliette Drouet, Victor Hugo, Charles Hugo, sa femme Alice et leurs enfants quittent Guernesey pour Bruxelles.
  • 5 septembreJuliette Drouet et Victor Hugo rentrent en France, à Paris. Hugo loge chez les Meurice, 5 rue Frochot.
  • 26 septembreJuliette s’installe au pavillon de Rohan, 172 rue de Rivoli, où loge déjà Charles Hugo.
  • 20 octobreLes Châtiments (nouvelle édition augmentée) paraissent en France.