« 11 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 41-42], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11024, page consultée le 24 janvier 2026.
11 janvier [1837], mercredi, 2 h. l’après midi
Bonjour, mon cher petit homme, je fais joliment la paresseuse mais je vais
t’expliquer cela : je ne me suis endormie qu’à 4 h. cette nuit et ce matin j’étais
réveillée à 8 h. ½ or je me suis rendormie sur les 11 h. et
je viens de m’éveiller seulement à présent. C’est par ma faute, pardonnez moi s’il
vous plaît, vous aviez promis que vous viendriez cette nuit mais je n’ai pas ajouté
foi à cette promesse, je savais bien que vous n’étiez pas homme à me combler deux
fois
[de] suite du même bonheur en un seul jour.
Heureusement,
mon cher adoré, que j’avais pris du bonheur pour plus d’un jour dans le souvenir de
cette journée. C’est une étoile nouvelle dans mon ciel et qui ne s’éteindra qu’avec
ma
vie. Jour mon petit Toto bien aimé.
J’ai là
une lettre de Mme K.1 mais je ne l’ai pas
lue. Oh bien ouiche, je n’ai pas envie de faire grimacer
votre jolie petite tête et de faire DROGNER votre petite
bouche. On dirait mon cher petit Toto que vous vous entendez avec ce stupide [V. ?] [N. ?] pour me mystifier et me promener de semaine en semaine et du mois en mois
sur l’idée fixe que j’ai d’avoir votre portrait à peu près fini2. Si un jour je me fâche, vous auriez beau jeu. Mais en
attendant je rentre les cornes de mon indignation pour ne vous montrer que mon amour et je vous aime de toute mon
âme.
Juliette
2 Est-ce le portrait de Hugo par Célestin Nanteuil, qui a déjà été présenté à Juliette et qu’elle trouvait peu ressemblant ?
« 11 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 43-44], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11024, page consultée le 24 janvier 2026.
11 janvier [1837], mercredi soir, 6 h. ½
Mon cher petit homme vous êtes bien cruel de vous être en allé aussitôt venu quand
vous saviez que je vous aime au delà de toute expression et que je ne peux pas me
passer de vous.
Mon cher petit bien aimé je vous tourmenterai jusqu’à ce que
votre belle petite image soit achevée et encadrée. Ainsi n’espérez pas échapper à
cette nécessité, j’irai plus tôt vous tenir nuit et jour par les pieds que de renoncer
à mon cher petit portrait. Voici justement [illis.] qui entre, je veux absolument finir
de t’écrire avant de faire cette affaire.
Mon bon petit Toto, mon chéri adoré je
vous aime de toute mon âme.
Si je savais quelque chose qui peut vous faire
plaisir j’irais le chercher sur le plus haut de la plus haute montagne, ou sur la
pointe de la cathédrale la plus élevée. Ainsi, jugez si je vous aime ! Mon bon petit
Toto chéri je voudrais bien vous avoir pour vous baiser de partout et vous adorer
en pied.
Jour toi, jour vous, jour vieux chien, jour
vieille bête. Mon bon petit Toto chéri je suis votre esclave
à la vie, à la mort et puis je veux être un petit bien votre maîtresse aussi, ça fait que je vous adorerai et que je serai bien heureuse et
bien joyeuse.
Juliette
« 11 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 45-46], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11024, page consultée le 24 janvier 2026.
11 janvier [1837], mercredi minuit
Mon cher bien aimé, je ne te ferai aucun reproche pour n’être pas venu ce soir parce
que je pense que tu as travaillé et que peut-être tu travailles encore. Mais il m’est
survenu après que tu as été parti une si bête de chose que j’en ai les sens encore
tout bouleversés, quoique j’aie eu bien le temps de me rassurer et de faire des
conjectures. Voici ce que c’est : j’ai reçu une assignation pour comparaître comme
témoin devant le juge d’instruction de 1ère instance
demain 12 janvier, à 9 heures du
matin. Maintenant qu’est-ce que c’est que le tribunal de 1ère instance et pour quel témoignage suis-je appelée, pour quelle affaire,
c’est ce que j’ignore complètement, à moins que ce ne soit une réminiscence de
l’affaire Ribotpar MmeV., auquel cas il est bien absurde et bien maladroit de
m’appeler comme témoin ou de me forcer à payer une amende. Dans tous les cas
l’incident est fâcheux et nécessitait ta présence, car à moi toute seule je ne sais
que résoudre et je me suis rudement affectée en recevant ce maudit papier.
Nous
étions loin de penser hier en faisant cette plaisanterie sur ce hideux M. que nous
étions sous le coup d’un abus pareil à celui qui nous
faisait rire hier, mais qui aujourd’hui me semble révoltant. Il paraît que la justice
n’est pas seulement aveugle mais qu’elle est muette aussi quand il s’agit d’informer les gens de ce qu’elle
leur veut, enfin il fera jour demain. En attendant je ne veux pas finir cette lettre
sans te donner un bonsoir bien tendre sur tes pauvres chers petits yeux malades.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
