« 19 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 69-70], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5468, page consultée le 06 mai 2026.
19 août [1844], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon bijou, bonjour, le plus beau, le plus
charmant, le plus doux et le plus grand et le plus aimé des hommes, bonjour, bonjour,
je t’adore.
Je suis honteuse de ma méchanceté d’hier. Je voudrais l’expier et je
ne trouve rien de mieux à faire que de t’aimer encore davantage, si c’est possible.
Voilà une bien belle journée qui s’annonce aujourd’hui, mon amour, mais, hélas ! nous
n’en profiterons pas. Tu travailles, mon cher adoré, je le sais et je ne veux pas
te
tourmenter. Je veux aussi travailler de mon côté pour me
rapprocher de toi par ce point là ; tu sais que je suis ton singe.
Aussi,
pendant que tu tireras des pensées sublimes de ta belle petite tête, moi, je tirerai l’aiguille dans mes draps neufs. Cette comparaison
mériterait d’être tirée par les cheveux pour lui donner un
peu plus de sel. Mais, l’esprit et le style, ça n’est pas ma
partie, à moi, je ne sais que t’aimer, t’aimer et puis encore t’aimer. Le reste
ne me regarde pas.
Quand te verrai-je, mon cher petit homme adoré ? J’ai déjà
bien faim et bien soif de toi. Tâchea
de ne pas me faire tirer la langue indéfiniment si tu ne veux pas que je devienne
enragée. En attendant, je te baise en pensée et en désir sur toute ta chère petite
carcasse adorée.
Juliette
a « tâches ».
« 19 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 71-72], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5468, page consultée le 06 mai 2026.
19 août [1844], lundi soir, 9 h. ½
Je m’étais mise sous les armes pour vous, mon cher petit bien aimé et vous n’y avez
pas fait la moindre attention car vous avez travaillé tout le temps. J’en ai été pour
mes frais de coquetterie et de toilette mais je ne les regrette pas car si vous ne
m’avez pas regardée, en revanche je vous ai regardé pour deux et je vous ai aimé pour
deux mille millions de milliards de cœurs.
Si tu savais, mon pauvre amour, comme
la démarche absurde de cette folle de femme m’a tourmentée tantôt1. Tant que je ne t’ai pas vu, j’ai été la plus malheureuse des
femmes. La pensée que tu étais contrarié suffisait pour me rendre très malheureuse.
Aussi, j’en ai contracté un mal de tête qui me dure encore à l’heure qu’il est. Enfin,
c’est passé. Tu as été, comme toujours, le plus doux et le meilleur des hommes. Tu
es
mon pauvre ange bien aimé que j’aime et que j’adore. Je ne te le dirai jamais autant
que je le sens.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous défends de donner à copier à monsieur Toto.
Il a une assez belle spécialité pour les 4, je vous prie de
ne pas l’en sortir à mes dépensa.
Vous entendez, mon cher petit bien-aimé, ou vous me ferez un véritable chagrin. Je
compte sur votre justice comme sur celle du bon Dieu et je t’aime de toute mon
âme.
Juliette
1 À élucider.
a « dépends ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
