« 21 novembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 242], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6062, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 21 novembre [18]64, lundi matin, 7 h. ¼
C’est affaire à toi, mon cher petit matinal, et l’aurore aux
doigts de rose1 n’est qu’une vieille roupillarde comparée à
toi. Je te salue à travers le jour douteux et la brume et je baise des yeux ton cher
petit signal blanc. C’est tout ce que je peux faire pour le moment car je suis en
proie à un éternuement furibond auquel je ne sais à quoi entendre. Ah ! bon m’y voilà.
Mon nez est rentré dans l’ordre. Ton réveil matin n’a pas lieu de m’inquiéter, AU
CONTRAIRE, puisque tu m’assures que c’est toujours la suite et la preuve d’une bonne
nuit. Cette certitude me réjouit le cœur et l’âme et me rend tout beau, tout gai et
tout charmant au-dedans et au-dehors de moi. Je regarde passer les bateaux à voile
qui
se dirigent de ton côté et j’y attache ma pensée dans l’espoir que tu la remarqueras
peut-être si tes yeux la rencontrent flottant au grand mât. Je sens que je te dis
bêtement la chose la plus tendre de mon âme mais je compte sur toi pour démêler mes
pauvres idées embrouillées par trop d’amour.
Encore une matinée splendide qui se
terminera probablement par un après-midi hideux comme cela a lieu depuis huit jours.
Dans le cas où il en serait autrement, je réclame mon tour de promenade à cor et à
cris. Ainsi attendez-vous à me traîner zavec vous tantôt pour peu qu’il ne pleuve
pas
des zallebardes. En attendant le soleil qui s’est levé depuis que je gribouille ma
restitus me poursuit dans tous les coins de mon
lit et je ne sais plus où me fourrer pour éviter ses rayons. Je t’embrasse au galop
et
je fiche un camp rapide.
J.
1 Épithète homérique. « Dès que parut Aurore aux doigts de rose, qui naît de grand matin, j’envoyai mes compagnons au manoir de Circé, pour emporter le corps sans vie d’Elpénor ». (Homère, « Chant XII », L’Odyssée, Paris, Garnier Frères, p. 175).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
