2 janvier 1855

« 2 janvier 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 3-4], transcr. Magali Vaugier, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6440, page consultée le 24 janvier 2026.

Cher petit homme, je voulais t’écrire une seconde fois hier comme j’en ai la mauvaise habitude chaque fois que j’ai le bonheur de recevoir une bonne petite lettre de toi ; mais tu as eu l’heureuse inspiration d’arriver juste à temps pour recevoir en nature tous les baisers et toutes les tendresses que j’avais sur le cœur et que je t’aurais si mal données sur le papier. Je t’en remercie pour toi et pour moi et je te supplie de me faire souvent de ces ravissants PETITS TOURS-là. Je ne m’en plaindrai pas, AU CONTRAIRE. En attendant les petitsPréverauda (il paraît que j’ignore complètement l’orthographe de leur nom) étaient dans le ravissement de leurs étrennes personnelles et collectives. Cela s’est d’autant mieux trouvé qu’ils avaient eu de leur côté l’idée aimable, mais peu réussie, de me faire un petit cadeau. Il y a donc eu un charmant à-propos de ta part dans ce chassé-croisé de petits présents d’eux à moi et de toi à eux. Seulement ils paraissaient regretter bien fort de ne pouvoir pas dîner avec toi, ce que je comprends de reste, et je crains de les contrister beaucoup s’ils viennent à savoir que demain les Asplet et les Allix auront cette chance sans y avoir plus de droit. Pourvu qu’ils ne croient pas que c’est une exclusion ou une préférence blessante. J’en serais vraiment désolée car ce sont d’excellentes gens et qui t’aiment comme on doit t’aimer : à l’ADORATION. Aussi j’insisterai de toutes mes forces et de tout mon amour auprès de toi pour que tu me redonnes une autre soirée très prochaine que nous leur dédierons. De cette façon, j’y trouverai moi-même mon compte puisque je n’ai plus que ce moyen-là de vous attirer dans ma maison. TAISEZ-VOUS ou amenez ROBERT ! Ceci ne m’est pas inspiré par le bécotageb de mes deux volatilesc, je vous prie de le croire. J’ose même dire que ces roucouleries en terre cuite me font horreur et il m’a fallu retenir à quatre fois l’exclamation de mystification que m’a fait éprouver la vue de ce mythe [illis.], rococo et jersiais. Heureusement qu’il est très fragile et je compte sur l’intelligente maladresse de Suzanne pour donner la volée à ce couple voluptueux mais hideux. Jusque-là je m’exerce à les admirer dans ma solitude afin de ne pas me trahir devant ces bonnes petites gens, qui l’ont FAIT EXPRÈS, les MALHEUREUX ! croyant m’ébouriffer agréablement. Ils sont restés à moitié chemin de leur bonne intention, mais ce n’est pas une raison pour vouloir leur mort. D’ailleurs tu m’as trop combléed de douces choses et de saintes joies pour que je m’arrête à tout ce qui n’est pas nous, autrement que pour en plaisanter innocemmentet avec le désir de te faire sourire, mon vénéré adoré.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « Préverauld ».

b « béquotage ».

c « volatils ».

d « comblées ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.