« 27 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 101-102], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11433, page consultée le 24 janvier 2026.
27 janvier [1837], vendredi matin, 11 h. ½
Bonjour mon petit Toto chéri. Je t’aime mon pauvre amour, je t’aime toi. Tu es
pauvre bien aimé pour lequel je serais heureuse de donner ma vie. Tu es un grand poète
pour lequel je n’ai pas assez d’admiration, tu es mon amant adoré pour qui j’ai toute
l’adoration d’une Sainte pour son bon Dieu. Je me suis levée tard parce que je me
suis
endormie tard, Mme Guérard n’est pas encore venue et je me dépêche tant que je peux, pour
lui donner sa NOURRITURE quand elle viendra. Quel dommage que ce ne soit pas toi à
la
place d’elle : un bonheur à la place d’une corvée, mais tu viendras peut-être pendant
ce temps là, c’est un espoir que je n’abandonne jamais parce que cela me tient lieu
d’air, de soleil et de vie quand tu n’es pas là.
Je t’aime, vois-tu mon cher
adoré, je t’aime de toute mon âme, je t’aime comme il ne m’est pas possible de le
dire.
Je t’aime en amour et en amitié et en passion et en dévouement. Tu es mon
tout.
Comment va le pauvre petit Toto Victor Hugo mon favori mon bien-aimé après
toi1. J’espère que sa petite fièvre n’existe plus
et que tu es tranquille. Je t’aime, je t’aime.
J
1 Le petit François-Victor Hugo a été malade.
« 27 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 103-104], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11433, page consultée le 24 janvier 2026.
27 janvier [1837], vendredi soir 6h ¼
Je suis bien fâchée, mon cher aimé, d’avoir promis une chose qui te contrarie, mais
je t’ai vu si souvent écrire sur des albums de gens inconnus que je ne pensais pas commettre une grave
indiscrétion en te demandant de donner quelques lignes de ta main adoréea à des personnes dont l’admiration pour
toi est presqu’égale à la mienne. Une autre fois je serais plus sobre de mes
générosités quand elles devront te coûter la moindre peine ou la plus petite
contrariété.
Je te prie de me pardonner pour cette fois et de ne voir dans cet
acte qu’un mouvement d’enthousiasme pour des gens qui paraissent t’aimer et t’admirer,
cela tient à ce que je ne suis pas blasée sur tout ce qui tient à tes succès. Je te
dis tout ceci bien longuement parce que j’ai le cœur gros et les yeux pleins de larmes
du souvenir de l’accueil que tu as fait à ma demande, mais je te promets d’être plus
discrète à l’avenir.
Jour . Il paraît mon cher bijou que tu as été
obligé d’accompagner Joly. Je ne t’en veux
pas. Je t’aime. Après tout tu me feras sortir quand tu pourras. Je sens bien que tu
as
bien des choses à faire.
Je t’aime et je sens bien que je t’aimerai tant qu’il
restera quelque chose de moi de corps ou d’âme.
Je t’attends avec patience et
résignation. À bientôt si tu peux, je baise tes mains et tes pieds.
Juliette
a « adoré ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
