« 17 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 59-60], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8784, page consultée le 23 janvier 2026.
Jersey, 17 octobre 1852, dimanche matin 8 h. ½
Bonjour, mon Victor, bonjour, avec tous les joyeux souvenirs d’hier, bonjour, avec toute ma reconnaissance pour ce bonheur inattendua, bonjour avec tout mon cœur et toute mon âme, bonjour. J’espère que tu seras arrivé juste à temps pour écrire ce qui te préoccupaitb en route et pour satisfaire l’impatience si naturelle de ta famille et de ton convive. Quant à moi je suis rentrée à la maison la tête remplie de toutes les merveilles que je venais de voir et le cœur débordant d’amour et d’adoration pour toi, mon sublime bien-aimé, à qui je dois tout : plaisir, santé, bonheur et jusqu’à la vie même. Pour complément à cette splendide journée j’ai trouvé, m’attendant chez moi, ton cher petit cœur tout monté avec tes initiales adorées gravées, le nom de l’île et la date. Tout cela un peu grossièrement fait mais laissant intact l’important, la chère petite pierre ramassée par toi à mon intention. Je l’ai baisée et portée avant de prendre le temps de me déshabiller. Puis je me suis mise prosaïquement le dos au feu, leventre à table et j’ai mangé comme une Juju satisfaite que j’étais. En lisant une très longue lettre de ma Julie1, laquelle vient de se mettre dans ses meubles et de prendre patente pour enseigner aux petites filles l’art de parler et d’écrire correctement, selon la tradition de L’Homond2, et l’art d’être les plus antinaturelles, selon l’intelligence et le cœur. Dieu veuille qu’elle y fasse fortune, elle en a le droit autant que j’ai celui de te préférer à tout dans ce monde et dans l’autre.
Juliette
2 « La grammaire est l’art de parler et d’écrire correctement » est la première phrase de la Grammaire française de Lhomond (1727-1794) en usage dans les écoles au XIXe siècle.
a « inatendu ».
b « préocupait ».
« 17 octobre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 61-62], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8784, page consultée le 23 janvier 2026.
Jersey, 17 octobre 1852, après-midi 1 h. ¾
L’appétit vient en mangeant et le désir d’être avec toi me vient toujours, c’est pourquoi je suis insatiable de bonheur. Cela ne m’empêche pas de comprendre tes devoirs, tes occupations et j’allais dire le RESTE, mais, comme je ne veux pas mentir le saint jour du dimanche, je supprime le RESTE que je ne veux pas comprendre sans moi. Je disais donc, mon cher petit homme, que je voudrais être toujours avec toi mais que je me résignais devant tes affaires et tes affections de famille à ne te voir que lorsque tu pouvais venir auprès de moi. Demain sans espoir de RÉCOMPENSE, j’aurai le courage d’être très heureuse de ton absence et la vertu de me résigner à ne pas te voir de la journée. Il faut un fier amour pour avoir tant de générosité et vous chercheriez vainement une seconde Juju plus introuvable que votre encrier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
