« 24 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 67-68], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8705, page consultée le 25 janvier 2026.
Bruxelles, 24 mai 1852, lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour avec tout mon cœur et toute mon âme,
bonjour. Je ne sais pas si je te verrai aujourd’hui mais je sais que je suis pleine
de
courage, de patience et de confiance. La pensée que vous êtes tous heureux, mes
pauvres chers aimés, suffit pour me rendre le devoir léger et facile. Aussi ne
t’inquiète pas de moi. Reste tout entier au bonheur de revoir ta pauvre sainte femme,
que je vénère et que j’admire à travers mon amour pour toi1. S’il te reste un moment dont tu puisses disposer sans la
priver d’une joie ou d’une consolation, donne-le-moi et j’en ferai le bonheur de ma
vie. Mais si tu ne le peux pas je t’assure que je suis bien résignée et bien forte
et
que je n’aurai aucune amertume dans le cœur.
J’espère que la fatigue d’hier aura
tout à fait disparu et que vous pourrez faire quelques excursions intéressantes dans
la ville en supposant qu’il vous reste beaucoup de temps après celui de tout vous
dire
depuis si longtemps que vous êtes séparés. Pardonne-moi, cher adoré, de m’immiscer
dans votre intimité à ce point. Ce n’est pas curiosité encore moins indiscrétion,
c’est le besoin de vivre de votre vie, de me réjouir de vos joies, de partager vos
douleurs puisqu’il ne m’est pas donné de vous en préserver, c’est le besoin d’étendre
sur tout ce que tu aimes le trop plein de mon amour pour toi. Mon Victor béni, sois
heureux, mets le temps bien à profit et pense à moi du fond de ton bonheur.
Juliette
1 Mme Hugo fait un second voyage à Bruxelles du 24 au 26 mai pour arrêter avec son mari les dispositions à prendre concernant la vente du mobilier de l’appartement de la rue de la Tour-d’Auvergne.
« 24 mai 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 69-70], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8705, page consultée le 25 janvier 2026.
Bruxelles, 24 mai 1852, lundi midi
Je te souris, mon petit homme, je te parle, je t’espère, je t’attends, je t’adore. Si tu pouvais voir mon cœur dans ce moment-ci, tu serais bien fier et bien heureux pour tout ce qu’il contient de beau, d’honnête, de pur, de dévoué et de tendre pour vous tous, mes sublimes persécutés. Un jour viendra peut-être où je serai assez heureuse pour vous en donner des preuves irrécusables. En attendant, il faut que je me résigne à vous aimer en dedans comme par le passé. Je me suis aperçue trop tard que j’avais oublié d’envoyer une troisième fourchette. Demain, je réparerai cette sottise, mais j’espère que les tabatières y auront suppléé aujourd’hui par une fourchette à elles1. Je voudrais savoir aussi si le déjeuner a été suffisant et s’il a plu à ta femme. Peut-être est-elle dans l’habitude de prendre du café ou de la soupe le matin en se levant. Dans ce [cas] là il serait très facile de lui en envoyer. Cher petit bien-aimé, mon cœur va au-devant de tous ces petits détails puérils à défaut d’autres occasions d’exercer ma bonne volonté d’être utile. Si tu peux venir tantôt sans déranger aucun projet agréable, j’en serai bien heureuse. Mais, d’ici-là, je vais me mettre à COPIRE, c’est ma suprême consolation à ton absence. Et puis, si tu as besoin d’argent, j’ai enfin réussi à faire changer le billet de mille francs. Voilà, mon cher petit homme, avec tous les désirs de mon cœur, toutes les espérances de mon âme, la situation de la pauvre Juju qui t’aime et qui t’adore de toutes ses forces.
Juliette
1 Hugo habite au dessus d’une marchande de tabac.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
