« 27 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 82-83], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10091, page consultée le 09 mai 2026.
27 octobre [1836], jeudi midi, 11 h. ½
Mon cher petit homme, vous êtes mon bien-aimé, mais vous êtes aussi mon pauvre Toto,
car je conviens que je vous ai mis dans un triste état pour
jouer aux dames. Néanmoins vous êtes encore fort
présentable pour vous présenter en SOCIÉTÉ, et je connais plus d’une femelle qui
s’accommoderait fort bien de CE QUI EN RESTE. Depuis que je veux faire ramoner, laisse le chat, je
n’entends pas un seul industriel ou Pair de France, ce qui me contrarie d’autant plus
fort, que j’ai fort peu de temps pour me mettre en état avant l’arrivée du tapissier
712 ! Je voudrais bien savoir ce que vous faites de tout l’argent que je vous donne ?
Vous saurez, mon cher petit homme, que je ne vous permets de le dépenser que pour
acheter un privilège ou pour corrompre un chef de division quelconque, si non, non. Je retire ma
subvention.
Je vous aime, cela doit vous suffire, et vous ne devez pas exiger que
je vous paie.
Juliette
« 27 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 84-85], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10091, page consultée le 09 mai 2026.
27 octobre [1836], jeudi soir, 6 h. ½
Mon cher petit homme, j’ai fait bien des choses depuis que vous êtes parti. D’abord
laisse le chat à sa toilette faite. Ensuite, j’ai acheté
une quantité innombrable de paillassons carrés, longs, en
jonc, en osier. Je ne me
connaissais plus : quand on prend des paillassons, on n’en saurait trop prendre, ça
n’empêche pas que j’en achèterai encore un autre samedi quand on m’apportera un balai
de chiendent (vous me direz l’orthographea du chien).
Avec tout cela je
ne vous ai pas revu depuis tantôt. Qu’êtes vous devenu ? Vous m’avez demandé beaucoup
d’argent depuis deux jours. Serait-ce que vous seriez en train de séduire et d’éblouir
une sauteuse ou de payer de la viande à quelqu’une qui voudrait de vous ? Je voudrais bien voir ça avec mon GRAND
COUTEAU.
En attendant je me morfonds à vous attendre, je me fourre toutes sortes
d’idées plus bêtes les unes que les autres dans l’esprit que je suis censéeb avoir, ce qui me rend l’existence on ne
peut plus agréable.
Je prendrai un beau jour la diligence
pour vous attraper, nous verrons si j’en viendrai à bout.
J.
a « ortographe ».
b « sensée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
