« 9 février 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 55-56], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4564, page consultée le 26 janvier 2026.
9 février [1848], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon doux petit homme, bonjour, mon adoré bien-aimé. Comment vas-tu ce matin ? As-tu bien dormi cette nuit ? Moi j’ai pensé à toi, c’est le plus doux contrepoids contre l’insomnie et dont je ne me prive pas, je te prie de le croire. Il pleut averse ce matin. Mais je crois que cela ne m’empêchera pas d’aller à l’assurance. Je n’ai rien à gâter si ce n’est mon BEAU PARAPLUIE et je vois que j’aurai le courage de le sacrifier. Je serai revenue de deux à trois heures. Toujours plus tôt que toi, car tu ne viens jamais avant quatre ou cinq heures. Mon cher petit homme je t’aime. Je t’aime bien plus que le mot ne l’exprime. Je t’aime dans la moelle de mes os et avec toute mon âme. Tout ce que tu fais est bien, tout ce que tu dis est bon, tout ce que tu penses est sublime, toute ta personne rayonne de beauté. Je t’aime, je t’admire et je t’adore. Plus je te le dis et plus mon amour augmente. Loin de me blaser dans ces paroles de tendresse, toujours les mêmes, je me passionne et je m’exalte jusqu’au délire. Je t’aime comme on doit aimer Dieu au ciel. Je baise tes yeux, ta bouche, tes mains et tes pieds.
Juliette
« 9 février 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 57-58], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4564, page consultée le 26 janvier 2026.
9 février [1848], mercredi midi
Décidemment j’irai à cette assurance, car rien ne me prouve qu’il fera plus beau
demain.
D’ailleurs ma toilette ne crainta pas l’averse. Je reviendrai dès que j’aurai fait ma
commission. Je n’espère pas te trouver, car tu n’as pas l’habitude de venir de bonne
heure. Cependant je me dépêcherai autant que si je devais te rencontrer chez moi en
entrant. Et puis d’ailleurs j’ai à TRAVAILLER, sans parler de ma blanchisseuse. Cher
petit homme je vous dis que vous êtes mon amour et que je ne veux pas que vous soyez
tourmenté et triste. Tout cela s’arrangera plus tôt que tu ne penses, mon adoré, et
aussi bien que tu le désires. En attendant il ne faut pas te décourager et ajouter
à
la fatigue de ton travail les inquiétudes sur l’avenir de ton fils. Tu sais mieux
que
moi ce qu’il y a à faire pour en arriver à ce moment de transition oùb la raison l’emporte sur la folie, mais ce
que tu ne sais pas assez c’est combien ta tranquillité, ta santé et ton bonheur
importent à ma tranquillité, à ma santé, à mon bonheur et à ma vie. Quel que soit
l’amour que tu me supposesc,
celui que j’ai le dépasse du tout au tout. C’est pour cela, mon bien-aimé, que je
t’aime avec tant de sollicitude, de tendresse et de passion. Je fais plus que t’aimer,
je t’adore.
Juliette
a « ma toilette ne crains ».
b « ou ».
c « tu ne suppose ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
