« 24 novembre 1847 » [source : MVH, α 8009], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4409, page consultée le 25 janvier 2026.
24 novembre [1847], mercredi matin 9 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon doux adoré, bonjour. Comment vas-tu ?
Comment va ta pauvre petite caboche ? Je t’aime, mon Victor, je t’aime, je t’aime,
je
t’aime. J’ai rêvé de toi toute la nuit. Parmi les choses fantastiques du sommeil,
il y
en avait de très douces et de très significatives. C’est en allant de l’une à l’autre
que j’ai passé la nuit. Je ne m’en plains pas puisque cela a prolongé en rêve le
bonheur d’être avec toi. J’en avais besoin. Mon cœur, mon âme, tout mon être avait
besoin de bonheur et le bon Dieu me l’a envoyé en rêve, ne voulant pas me le donner
en
réalité. Je l’en remercie et je m’en contente pour le moment. Aussi je te souris, mon adoré, je t’aime, je suis GEAIE, je suis contente, je suis heureuse et je te porte.
Je ne veux pas que tu te serves de ta clef encore aujourd’hui. Ce
n’est pas de te reconduire ni de me coucher tard qui me fait quelque chose, c’est
de
t’attendre longtemps. Tu ne peux pas te figurer combien c’est long et pénible de
rester tous les soirsa absolument seule
jusqu’à minuit. La dernière heure surtout est un vrai supplice. Mais dès que je te
vois tout est oublié. Je ne sens plus que la joie d’être avec toi et je passerais
toute la nuit à te regarder pourvu que tu me parles. Ce soir je veux être encore ta
conductrice et toujours ta pauvre vieille Juju.
a « soir ».
« 24 novembre 1847 » [source : MVH, α 8010], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4409, page consultée le 25 janvier 2026.
24 novembre [1847], mercredi après-midi
Vous ne vous dépêchez pas encore beaucoup de venir, vieux chinois, et moi il y a déjà
bien longtemps que je vous attends. Si vous croyez que c’est agréable pour LE MONDE,
vous vous trompez fièrement. Dans tous les cas je commence à trouver que je vous ai
déjà assez attendu comme cela et si vous ne venez pas bien vite je vous ficherai des
coups.
Cher petit homme tu n’es pas souffrant n’est-ce pas ? J’ai toujours cette
sourde inquiétude en moi qui redouble mon impatience et me fait trouver les heures
encore plus mortellement ennuyeusesa. Il me semble que si je pouvais être absolument sûre de ta
santé, de ton bonheur et de ton amour, j’aurais plus de courage à vivre loin de toi.
Je ne peux pas assez te dire à quel point cette inquiétude me tient en tristesse et
en
irritabilité. Quand je touche avec la pensée à ce point douloureux de mon âme, tout
mon être est secoué comme par l’électricité et je souffre de partout. Mon amour pour
toi est d’une sensibilité telle que rien n’en peut donner une idée juste.
Mon
Victor adoré, mon amour, mon sublime bien-aimé, je ne suis qu’amour et adoration
depuis la tête jusqu’aux pieds. Il me semble que si j’étais transparente on me verrait
de flamme. Je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Juliette
a « ennuyeuse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
