« 7 septembre 1847 » [source : MVH, α 8996], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4113, page consultée le 25 janvier 2026.
7 septembre [1847], mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour toi, bonjour vous, bonjour tous ceux qui se portent bien
et qui ont très faim. Bonjour, les goinfres, bonjour, les gueulards, bonjour, les
ogres bonjour. Dorloteza-vous dans
vos dodos tant que vous pourrez car il fait un froid de loup et c’est à peine si je
peux tenir ma plume. Pour peu que cela continue, je suis capable de geler dans ma
peau
de Juju.
Saviez-vous, mon cher petit homme, que je n’ai pas beaucoup de plaisir.
Vous venez très peu et vous me parlez encore moins, ce qui fait un bonheur médiocre.
Encore si vous me donniez un petit dessinb de temps en temps, ce ne serait que justice et je verrais que
vous pensez à moi. Mais rien du tout, ni chair, ni poisson, ni eau, ni boudin, c’est
trop CHESSE et peu encourageant. Aussi je ne suis
pas contente du tout, du tout, du tout. Taisez-vous vilain sâle, je bouche mes
oreilles d’avance pour ne pas entendre vos hideuses raisons.
Heureusement que
votre petit Toto va bien et qu’il a une faim dévorante, ce qui fait que je vous
pardonne et que je ne suis pas aussi malheureuse que vous le mériteriez. Baisez-moi
si
vous l’osez et tâchez de vous mieux conduire à l’avenir si vous pouvez, car je suis
à
bout de bonheur et de tout ce qui y ressemble.
Juliette
a « Dorlottez ».
b « dessein ».
« 7 septembre 1847 » [source : MVH, α 8997], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4113, page consultée le 25 janvier 2026.
7 septembre [1847], mardi après-midi, 2 h. ¾
Toujours de mieux en mieux, mes chers petits, ce qui me ravit et me rend bien
heureuse. D’ici à très peu de jours il n’y paraîtra plus de cette hideuse maladie,
si
ce n’est au vorace appétit de Toto, deuxième du nom, et à la méchanceté noire du Toto
en chef.
Voyons un peu si ce TRAVAIL ensorcelé pourra se faire aujourd’hui, à
peine ai-je pris une plume pour écrire mes IMPRESSIONS de jeunesse qu’il survient
quelque distraction ou quelque empêchement pour m’empêcher de continuer1.
Cependant j’ai bien un peu de bonne volonté, pas beaucoup à la fois, mais enfin j’en
ai. Si vous en aviez seulement autant pour ma culotte je ne serais pas aussi tourmentée sur son avenir. Aha ben ouiche, pas souvent que je vous crois,
un vieux menteur comme vous, il faudrait que je fusse mille fois trop naïve, je dirais
même trop bête, pour y ajouter foi. Aussi je vous en donnerais des miroirs chinois,
voime, voime, avec une pipe et des bas rouges.
Maintenant vous savez le cas que je fais de vos protestations et les dispositions
généreuses dans lesquelles je suis vis-à-vis vous. J’espère que vous n’en abuserez
pas. Tâchez de venir bientôt, si vous tenez à ne pas me rendre la plus impatiente
des
Juju. Je vous dis que malgré tous vos torts, vous êtes toujours mon Toto adoré.
Juliette
1 Juliette se met à la rédaction de ses souvenirs du couvent.
a « À ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
