13 juillet 1847

« 13 juillet 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 156-157 ], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3757, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto, bonjour, mon âme, bonjour. Je te demande pardon du maussade accueil que je t’ai fait cette nuit et pourtant ce n’est pas ma faute car aujourd’hui encore, je prévois que je vais passer une journée atroce à la douloureuse pesanteur que je sens. Je ne sais à quoi attribuer ce mal de tête si ce n’est à la chaleur, mais je serai bien malheureuse s’il faut que je le garde longtemps. Pourvu que ce soir je ne sois pas aussi engourdie que la nuit passée, c’est tout ce que je demande. J’ai tant besoin de te voir que je ne me console pas de la plus petite occasion perdue par ma faute INVOLONTAIRE. Je voudrais être à dimanche pour demander au médecin qu’il me débarrasse de cette [illis.] indisposition. Vraiment mon Victor bien-aimé, je crains une congestion cérébrale. Ce que j’éprouve n’est pas ordinaire, même pour moi qui ai l’habitude des maux de tête depuis que j’existe. Dans ce moment-ci je suis tout étourdie, il me semble que je rêve en t’écrivant. Cela ne m’empêche pas pourtant de t’aimer de toutes mes forces.

Juliette


« 13 juillet 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 158-159], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3757, page consultée le 24 janvier 2026.

Je suis bien patraque, mon Toto, et bien malheureuse. Ma pauvre tête est plus prise que jamais et je sens bien que ce n’est pas ma migraine ordinaire. Je suis comme une pauvre folle. Je vais et je viens dans ma maison sans pouvoir trouver quelque soulagement. J’ai essayé de m’étendre sur la chaise longue et d’y dormir mais cela ne m’a pas réussi. J’ai cherché à m’agiter en m’occupant dans ma maison et c’est encore pire. De lire me fait mal enfin, je suis comme dans l’enfer ; je ne sais pas ce que cela deviendra mais ce que je sais c’est que je dois te paraître mortellement ennuyeusea et vieille ganache1. Ta galanterie t’empêchera d’en convenir ouvertement mais intérieurement tu n’en es que plus convaincu de cette hideuse vérité. Cependant je ne t’ai jamais mieux aimé. Autant ma tête est mauvaise pour les besoins de ma vie, autant mon cœur est bon pour le service de l’amour. Il est impossible de mieux fonctionner, avec plus d’activité et d’ardeur, mais hélas ! cela ne suffit pas pour paraître jeune et aimable. J’en fais la triste expérience depuis longtemps déjà. Je t’aime, je t’adore, je [illis.].

Juliette


Notes

1 Figuré et populaire : personne dépourvue de talents et d’intelligence. Au théâtre, emploi masculin de vieux ridicule.

Notes manuscriptologiques

a « ennuieuse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.

  • 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
  • 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
  • Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
  • 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
  • 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
  • 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.