« 19 juin 1847 » [source : MVH, α 7926], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3741, page consultée le 24 janvier 2026.
19 juin [1847], samedi matin, 7 h. ½
Bonjour toi que j’aime, bonjour vous que j’adore, comment que ça va ce matin. Moi
je
vais trop bien et je vous aime encore mieux. Je suis en admiration devant mes deux
petits tableaux et je les trouve de plus en plus charmants parce qu’ils me semblent
voir à travers la gracieuse bonne grâce avec laquelle tu me les as donnés1. La façon de
donner vaut mieux que ce qu’on donne. Ceci est vrai pour les plus belles
choses, et personne ne sait mieux donner que toi. Aussi je fais mieux que te
remercier, je t’aime avec un redoublement de tendresse et de passion.
J’irai te
chercher tantôt, mon doux bien-aimé, et je m’en fais une joie d’avance. J’ai bien
regretté hier de n’avoir pas pu faire le marché des quatre
saisons. Peut-être le regretteras-tu moins toi en regardant souvent les
portraits fac-similés que je t’en ai faits. Cela me console un peu de n’avoir pas
pu
réussir à te faire avoir les originaux. Je ne sais pas encore si on laissera le
paravent à 45 F. Dans tous les cas tu l’auras à 50 F. et je te l’enverrai à 10 h.
Je
vais écrire tout de suite à Dabat. Tu ne
m’as pas dit si je devais lui commander quelque chose. Pourvu que je n’oublie pas
de
te le demander tantôt, dans le cas où tu serais pressé de faire faire ta commission.
En attendant, je te baise de toutes mes forces.
Juliette
1 Juliette se répète et s’embrouille un peu. Elle veut probablement dire : « il me semble voir à travers… »
« 19 juin 1847 » [source : MVH, α 7927], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3741, page consultée le 24 janvier 2026.
19 juin [1847], samedi matin, 11 h. ¾
Je t’ai envoyé ton paravent, mon cher petit homme, et je l’ai eu pour 45 F. J’espère
que tu ne regretteras pas cet achat et que tu en trouveras l’emploi dans l’arrangement
de ta chambre.
Cher adoré, bien-aimé, as-tu songé à répondre à M. le curé de
Saint-Mandé ? Dans le cas trop présumable où tu l’aurais oublié, je viens te rappeler
de le faire tout de suite car le temps qui te reste d’ici à lundi est bien court1.
Mon Victor je t’aime, mon Victor je t’admire,
mon Victor je t’adore. Cesa
trois choses font le commencement, le milieu et la fin de mon amour. J’attends que
tu
viennes avec une tendre impatience. Il me semble que les minutes et les heures ont
des
ailes de plomb et qu’elles n’arriveront jamais à ce but si désiré : le moment où je
te
verrai. Quel que soitb le temps
qu’il fait tantôt, j’irai te chercher à la Chambre. Je n’ai vraiment que ce moment-là
pour te voir et pour t’entendre et je n’y renoncerais pas pour tout au monde. En
attendant je pense à toi et à ma pauvre enfant. Ma pensée va de mon cœur au ciel et
je
t’aime et je prie.
Juliette
1 Claire Pradier, la fille de Juliette, est morte à Saint-Mandé le 21 juin 1846. Le lundi qui suit et dont parle Juliette sera le jour du premier anniversaire de sa mort.
a « c’est ».
b « quelque soit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
