« 27 octobre 1846 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1846/02], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12454, page consultée le 09 août 2026.
27 octobre [1846], mardi soir, 10 h.
Cher adoré bien-aimé, je suis heureuse que tu aies ce petit meublé puisqu’il te
plaît et puisqu’il va avec ton autre Coromandel1. La chose qui m’a véritablement affligée aujourd’hui, c’est de
m’être aperçue que j’avais fait, sinon une fausse dépense,
au moins une dépense inopportune et qui ne me rend pas le service que j’en attendais.
Après cela, ce n’est pas cette petite contrariété qui aurait pu me faire pleurer si
je
n’avais pas eu déjà les larmes en moi. Un vase plein d’eau ne se répand que parce
qu’on le penche mais s’il n’y avait rien dedans, ce n’est pas l’action de le pencher
qui l’emplirait et le ferait déborder. Je suis triste tout au fond de mon âme depuis
quatre mois, j’ai un grand deuil dans le cœur et il y a des moments où ce chagrin
contenu monte jusqu’à mes yeux qu’il remplit de larmes qui coulent malgré moi. Je
te
dis cela, mon Victor, afin que tu ne t’imputes pas à tort la pensée de l’avoir causé,
ce chagrin. Du reste, je crois que ton idée est bonne et que la brèche sera moins choquante à l’œil quand la place blanche sera cachée par de
la tenture de soie.
Eugénie doit venir demain au Temple avec
moi en même temps poura acheter des linges à mannequin pour M. Vilain. Je te dirai, chemin faisant, que M. Vilain
est venub les reprendre ce soir. Il
est resté très peu de temps, juste celui de me faire ses compliments pour toi. C’est
ce qui fait que je t’écris que maintenant parce que je n’ai pas eu une minute dans
la
journée à cause de tous les déménagements et que je voulais attendre qu’Eugénie fût
partie pour être tout à toi. Quoi quec je dise et que je fasse, mon bien-aimé, n’oublie pas que tu es
ma vie, mon amour et mon tout.
Juliette
1 Coromandel (laques de) : laques chinoises exportées en quantité vers l’Europe durant la seconde moitié du XVIIe et au XVIIIe siècle et qui transitaient par la côte du même nom. Ce sont en majorité de grands paravents (fonds noirs, bruns ou parfois rouges ; décor par incisions remplies de couleurs vives, souvent rehaussées d’or). (Larousse).
a Les mots précédents se superposent maladroitement sous forme d’une rature de substitution par surcharge.
b « venue ».
c « Quoique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
