« 17 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 265-266], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12284, page consultée le 23 janvier 2026.
17 décembre [1845], mercredi matin, 10 h.a
Bonjour, mon Toto ravissant, bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour,
comment que ça va ce matin ? Je vous aime moi, quoique vous m’ayez fait
bien enrager cette nuit. Décidément, il faudra que je fasse jouer mon
Eustache1. Vous ne serez
content que lorsque vous aurez fait connaissance intime avec ce
tranchant personnage.
Cher petit homme adoré, pour qui me
faites-vous tant de chagrin toutes les nuits ? Est-ce parce que je vous
aime plus que la vie ? Si cela était, cela ne serait pas très généreux
et je ne reconnaîtrais pas là votre bonté habituelle. Quoi qu’il en
soit, il n’y a presque pas de nuit où je ne fasse d’abominables rêves
dont vous êtes toujours le sujet. Souvent même, ces rêves me poursuivent
dans la journée et me rendent très malheureuse par souvenir. Cependant
tu m’aimes, n’est-ce pas, mon adoré ? Tu n’aimes que moi et tu m’es bien
fidèle, n’est-ce pas ? Je tâche de me rassurer en me rappelant toutes
les preuves d’amour que tu m’as données autrefois, mais hélas, le souvenir du passé ne rend que très
terne et plus significativeb la froideur du présent. Enfin, quelque
chose que je fasse pour me rassurer, il se trouve que je ne parviens
qu’à me tourmenter davantage. J’aime donc mieux m’en rapporter à toi et
croire aveuglément que tu m’aimes parce que je t’adore et que tu sais
bien que ma vie tient à ton amour.
Juliette
1 Juliette menace souvent Victor de le tuer, avec humour. Elle fait ici référence à un couteau très populaire, existant déjà sous Louis XIV, perfectionné par Eustache Dubois, et que l’on voit apparaître sous ce nom dès 1782.
a Les quatre pages de la lettre sont numérotées de 1 à 4, le sens de lecture de la lettre étant inhabituel.
b « significatif ».
« 17 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 267-268], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12284, page consultée le 23 janvier 2026.
17 décembre [1845], mercredi soir, 7 h.
Merci, aimé, merci, adoré, merci, amour, merci, amant, merci, toi, merci, vous, tu m’as donné ce soir encore plus de bonheur que de crotte, ce qui est plus qu’immense. Je croyais ne pouvoir pas ôter mes brodequins tant ils étaient mouillés et boueux. Ma culotte, qui n’est pas la sublime culotte, est tellement margouillée qu’on ne sait plus ce que c’est. Mais je m’en fiiiiiiiiiiiiiiiiiiichea puisque j’ai eu le bonheur de barboterb avec toi. Dorénavant, et quelque temps qu’il fasse, j’irai où tu voudras m’emmener. Tu verras si je refuse une seule fois. En attendant, j’ai pris au vol l’occasion qui s’est offerte ce soir. Un barbet ou un canard n’aurait pas mieux fait. Je suis très contente de vous [et ?] de moi. Nous avons été dignesc de notre jeune temps ce soir. Hélas ! il ne tient pas à moi de l’être toujours. Taisez-vous, cher petit homme, vous savez bien que j’ai raison. Sur ce, baisez-moi, vous le pouvez sans crainte. L’animal étant muselé, c’est l’instant de vous montrer. Ne vous cachez pas, je vous en prie, il n’y a aucun danger. Baisez-moi avec audace, vous le pouvez. Jour, Toto, jour, mon Toto chéri, je me permets de vous blaguer légèrement parce que je suis heureuse et que je vous adore.
Juliette
a « fiche » est écrit d’un bout à l’autre de la ligne avec dix-neuf « i ».
b « barbotter ».
c « digne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
