« 29 novembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 191-192], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12266, page consultée le 24 janvier 2026.
29 novembre [1845], samedi, 9 h. ¾
Bonjour, mon adoré, bonjour, mon Victor le plus doux, le plus indulgent,
le plus ravissant et le plus charmant des Toto, bonjour, je t’adore. Je
viens de faire pour toi ce dont je ne me croyais pas capable,
c’est-à-dire de pardonner à cette fille. Hélas ! ce n’est toujours que
pour mieux sauter, mais enfin je n’ai pas
voulu qu’il soit dit que je n’ai pas fait humainement tout ce que je
pouvais pour conserver et pour civiliser cette fille. Elle m’a promis
qu’elle ne recommencerait plus, mais je sais ce que c’est que ses
promesses. Je sais aussi que l’approche du jour de l’an est pour
beaucoup dans son repentir. Quoi qu’il en soit, voilà ce ressoudage fait tant bien que mal, trop
heureuse si tu l’approuves et si tu y vois ce qui est, c’est-à-dire la
preuve que je t’aime plus que ma vie.
Comment vas-tu, mon cher
amour adoré ? Bien, n’est-ce pas ? Voilà un temps charmant et fait pour
toi, mon ravissant petit Toto. Tu pourras marcher à ton aise et promener
ton cher petit nez au vent sans te préoccupera de la pluie et de la
boue. Quant à moi, si aujourd’hui avait pu être jeudi, je serais allée voir ma péronnelle uniquement pour marcher. Quand je dis uniquement, c’est une manière de parler, car
outre le besoin que j’ai d’embrasser cette grande fille, j’ai celui de
savoir ce qui se passe à la pension. Et puis je t’aime, toi. Bonjour, je
t’adore. Baise-moi et viens tout de suite.
Juliette
a « préocuper ».
« 29 novembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 193-194], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12266, page consultée le 24 janvier 2026.
29 novembre [1845], samedi soir, 6 h. ¾
Quelle longue journée, mon Victor, et combien elle me pèse. J’espérais
que tu serais d’autant plus venu que tu me savais ennuyéea par cette stupide
algarade d’hier. Il est vrai, pauvre amour, que tu as bien d’autres
préoccupationsb et d’autres affaires en tête, aussi je
comprends ton absence sans pouvoir m’y habituer. Mon Victor adoré, mon
Toto, mon amour chéri, ma vie, mon âme, je souffre loin de toi, car tu
es ma lumière, ma joie, mon soleil et mon bonheur. Quand donc seras-tu
auprès de moi ? J’ai le cœur si gros, si gros, qu’il me semble qu’il ne
peut plus tenir dans ma poitrine. Je t’aime mon Victor. Tu es beau, je
t’adore.
Mme Triger sort d’ici il n’y a qu’un
instant. Elle m’a apporté la superfine bouteille de vin. Je ne l’ai pas
invitée à dîner pour demain parce que j’avais donné congé à Suzanne dès hier matin pour aller
chez sa cousine. Ce sera pour une autre fois. Du reste, elle m’a dit que
M. Démousseauc l’avait chargée
de mille compliments pour toi et pour moi avec toutes sortes de
protestations de dévouement que je crois très sincères pour ma part.
Voilà la seule visite que j’ai eued aujourd’hui. J’en excepte la couturière qui m’a
envoyé ma robe ce matin. Je l’ai payée tout de suite parce que je n’ai
plus rien à faire faire et que je sais que tu ne veux pas de mémoire. J’ai payé aussi les deux semaines
d’Eulalie. Pour tout cela
je prends à même le sac. Tu feras très bien de l’emporter ce soir si tu
ne veux pas que je le mette à sec tout de suite. Et tu feras encore
mieux de venir le dépenser avec moi en CULOTTES ÉCHEVELÉES. Hélas ! ils
ou elles sont passés
ou passées, ces jours de fêtes et de bonheur
et de culottes éblouissantes. Ils et elles ne
reviendront jamais, j’en ai bien peur, ce qui ne m’empêche pas, au
contraire, de t’aimer plus que jamais.
Juliette
a « ennuiée ».
b « préocupations ».
c « Démousseaux ».
d « que j’aie eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
