« 29 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 95-96], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12239, page consultée le 25 janvier 2026.
29 octobre [1845], mercredi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon bon petit Toto, bonjour, mon cher petit gueulard, bonjour,
vous, comment que ça va ce matin ? J’ai beau me lever de bonne heure,
j’ai beau me dépêcher, je suis toujours en retard. Je ne veux pas faire
de projet aujourd’hui pour la copie parce que cela ne me réussit pas.
J’aime mieux ne rien dire et tâcher de faire l’ouvrage, ce sera bien mieux.
Il fait un temps
ravissant, est-ce que tu ne pourras pas me mener choisir les soies
aujourd’hui ? Je crains que ces Génevoy ne mêlent celles que j’ai déjà choisies. Et puis
je crois qu’ils doiventa rendre l’assortiment qu’ils avaient pris pour me
faire choisir et qui n’était pas à eux. Si toutes ces considérations
jointes au temps idéal qu’il fait peuvent te décider à me faire sortir
tantôt, j’en serai très contente.
Jour, Toto, REGARDEZ-MOI, mais
regardez-moi donc. Tous vos yeux sont pour les POIRES et rien pour moi.
Si vous croyez que c’est là ce qui rend une femme heureuse, vous vous
trompez diantrement. Il est vrai que vous me prenez mon veloursb et mon
coromandel1, c’est
quelque chose, mais ce n’est pas assez pour être la plus heureuse et la
plus comblée des femmes. Il faut encore que vous me regardiez et que
vous me parliez le soir quand, par hasard,
vous êtes auprès de moi. Je le veux, entendez-moi ou je ne vous donnerai
plus de poires.
Juliette
1 Dans sa lettre du samedi 4 octobre 1845 au matin, Juliette évoque une commode en laque de Coromandel (laques originaires de Chine exportés en Europe durant la seconde moitié du XVIIe et au XVIIIe siècles, et alors très en vogue). Victor Hugo apprécie particulièrement ces meubles.
a « il doivent ».
b « mon velour ».
« 29 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 97-98], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12239, page consultée le 25 janvier 2026.
29 octobre [1845], mercredi après-midi, 2 h. ¾
Je t’attends, mon petit Toto chéri, pourquoi donc ne viens-tu pas plus
vite que ça ? Tu travailles, mon pauvre bien-aimé, aussi je te pardonne.
Je n’ai pas voulu me mettre à copier sans te dire que je t’aime de
toutes mes forces, que je pense à toi et que je serai bien contente et
bien heureuse quand je te verrai. D’ici là, je vais bien travailler.
J’espère que je ne serai pas dérangée mais, y en réfléchissant, je suis
sûre du contraire, car c’est aujourd’hui le jour de la blanchisseuse et
du jardinier. Enfin je ferai ce que je pourrai. D’ailleurs j’ai toute ma
soirée à moi que je consacrerai à copier, à moins que tu n’exiges que je lise dix-huit journaux depuis
les premiers-Paris1 jusqu’aux [lits ?] en fer creux.
Tu en es très capable, mais alors ce sera ta faute et cela ne me
regardera plus. À propos de regarder, j’espère
que vous daignerez lever les yeux sur moi ce soir, sinon je vous
ficherai des bons coups. Je m’insurge à la fin et je vous enverrai
manger vos poires chez vous. Baisez-moi, il faut donc tout vous dire.
Autrefois vous n’aviez pas besoin de cette contrainte par corps pour faire votre devoir. Maintenant on ne
peut rien obtenir de vous qu’à force de menaces et d’importunités.
Taisez-vous, vous M’ENNUYEZ BEAUCOUP quand vous vous trouvez DRÔLE.
Baisez-moi encore et souriez-moi, je vous
pardonne.
Quel beau temps et comme je serais heureuse de sortir
avec toi. Malheureusement ça n’est pas possible. Travaillez, mamzelle Chichi, ça vaudra beaucoup mieux et laissez le beau temps
tranquille, ça ne vous regarde pas. Le soleil n’est pas fait pour VOUS,
TU n’en as pas besoin.
Juliette
1 Premier-Paris : éditorial en une d’un journal.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
