« 31 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 95-96], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12037, page consultée le 23 janvier 2026.
31 juillet [1845], jeudi matin, 7 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour, mon cher petit malade adoré,
bonjour, comment vas-tu ce matin ? As-tu bien dormi cette nuit ? Tes
cataplasmes ont-ils diminué la douleur de ton cher petit ventre ? Quand
doit venir le médecin ? J’espère que tu dors encore et que tu n’as pas
du tout souffert cette nuit, mais cet espoir mérite confirmation par une
bonne petite lettre de toi. Je l’attends avec une impatience que tu ne
peux pas te figurer parce que, grâce à Dieu, tu n’as jamais été dans la
position d’attendre des nouvelles de ceux que tu aimais et que tu savais
malades. C’est un supplice atroce et dont rien ne peut donner l’idée
quand on ne l’a pas éprouvé. Déjà quand je t’ai vu partir tout
souffrant, au milieu de la nuit, dans cette voiture, tout seul, est
inexprimable. Je suis rentrée chez moi la mort dans le cœur et j’ai tant
pleuré que je peux à peine ouvrir les yeux encore ce matin. Heureusement
que ton adorable petite lettre est venue me tranquilliser un peu1. Cela ne m’a pas
empêchée de me réveiller d’heure en heure, absolument comme si la
pendule m’avait tirée par la manche. Vois-tu, mon Victor adoré, quelle
que soita ma
confiance en toi, je ne serai vraiment parfaitement tranquille que
lorsque je t’aurai vu et que [je] me serai assurée
par mes yeux que tu vas bien et qu’il n’y a plus rien à craindre. D’ici
là, je ne pourrai pas m’empêcherb de me tourmenter malgré tes adorables
petites lettres sans lesquelles pourtant il me serait impossible
d’attendre jusqu’à demain sans devenir folle.
Cher adoré,
bien-aimé, mon pauvre petit souffrant, ma vie, ma joie, mon âme, mon
bonheur, mon tout, mon bien tout, soigne-toi bien pour que je puisse
t’embrasser demain de toutes mes forces. Ne fais pas d’imprudence et
tâche de m’écrire le plus tôt possible. Je t’adore.
Juliette
1 Cette lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet, à notre connaissance, n’a pas été conservée.
a « quelque soit ».
b « m’empêchée ».
« 31 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 97-98], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12037, page consultée le 23 janvier 2026.
31 juillet [1845], jeudi après-midi, 3 h. ¼
Mon aimé, mon pauvre aimé, hier à cette heure-ci j’avais déjà reçu ta lettre1 depuis longtemps. Est-ce que tu serais plus malade, mon Dieu ? Oh ! je ne veux pas penser à cette possibilité, car je sens que je ne résisterais pas une seconde de plus à mon inquiétude et à mon impatience. J’aime mieux croire que tu n’as eu personne auprès de toi depuis ce matin à qui confier ta lettre, soit pour me l’apporter, soit pour la mettre à la poste, mais que je vais la recevoir tout à l’heure et qu’elle m’apportera de bonnes et heureuses nouvelles. N’est-ce pas que c’est là la vraie cause du retard dont je souffre, mon adoré ? N’est-ce pas, tu vas mieux ? N’est-ce pas, je te verrai demain ? N’est-ce pas, mon Dieu, que vous êtes bon et que vous ne voudrez pas prolonger mon supplice plus longtemps ? Depuis bientôt une heure, je suis comme une pauvre âme damnée. Je ne sais pas pourquoi je m’étais figuré que le terme extrême de mon anxiété ne devait pas aller au-delà de 2 h. ½, heure à laquelle ton adorable lettre d’hier m’est arrivée. Aussi, depuis que ces 2 h. ½ sont passées, ce que je souffre est affreux. Mon cœur me fait si mal que je n’ose pas respirer dans la crainte de le faire éclater. Mes joues sont en feu et je n’y vois pas tant la tête me fait mal. Et s’il faut que cette angoisse se prolonge encore longtemps, je ne sais pas ce que je ferai. Avec cela, il fait un temps hideux qui peut influer sur ton mal et le faire revenir plus fort. Vraiment je sens que je deviendrai folle si ton indisposition devenait plus sérieuse. Mais mon Dieu que ta lettre tarde. Oh ! quel supplice, quel supplice. Mon pauvre adoré, Dieu te garde de pareilles souffrances.
Juliette
1 Cette lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet, à notre connaissance, n’a pas été conservée.
« 31 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 99-100], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12037, page consultée le 23 janvier 2026.
31 juillet [1845], jeudi après-midi, 3 h. ½
La voilà, la voilà cette lettre tant désirée, tant et si douloureusement
attendue, la voilà donc enfin arrivée1 ! ... Oh ! merci, mon adoré ! Merci, tu me sauves
de la plus affreuse douleur que j’ai jamais sentiea dans ma
vie. Merci du fond de l’âme et des entrailles.
Je venais de
t’écrire, j’étais encore à ma table quand ton domestique est arrivé avec
ton rouleau à la main, et, sans sonner à la porte, il s’est approché de
la fenêtre en demandant mon nom puis il m’a remis ton rouleau sans même
me regarder. Je te donne ce détail tout de
suite pour que plus tard tu ne regrettes pas de me l’avoir envoyé, lui,
qui m’apportait plus que la vie. Tu me dis que tu vas mieux et pourtant
tu as eu de la fièvre et tu es toujours à la diète. Je viens de relire
ta lettre pour tâcher de voir si tu ne me trompe pas par excès de bonté.
J’ai fait entrer mon âme tout entière dans chacun de tes mots pour voir
s’il n’y avait pas dans aucun d’eux quelque souffrance cachée plus grave
et plus sérieuse que celle que tu me dis. Je dois avouer que je n’y ai
rien vu que du bon et sublime amour comme toi seul peut le sentir et
l’exprimer et la douce assurance de te voir demain. Aussi je me rassure,
je te souris. Ma main tremble bien encore comme tout à l’heure, mais
c’est de joie. Je ne souffre plus, j’espère. Je sais bien qu’il y a
encore vingt-quatre heures à attendre, mais cela ne m’effraie pas
comparé à l’éternelle heure de deux heures et demieb à trois heures et
demiec de tout à
l’heure. Ce n’était pas une heure, ce n’était pas un jour, pas un an,
pas un siècle, c’était une affreuse éternité dont je ne pouvais plus
mesurer le terme. Aussi le bon Dieu a eu pitié de moi, car je crois que
ma pauvre raison y aurait succombéd. Merci, mon doux adoré, merci, mon cher petit
convalescent, merci, ma vie, mon âme. À demain, le plus tôt que tu
pourras. Je t’adore.
Juliette
1 Cette lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet, à notre connaissance, n’a pas été conservée.
a « que j’aie jamais senti ».
b « et demi ».
c « et demi ».
d « succombée ».
« 31 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 101-102], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12037, page consultée le 23 janvier 2026.
31 juillet [1845], jeudi soir, 8 h. ¾
Il faut que je te dise encore combien tu es mon pauvre amour plainta, adoré, désiré et
attendu. J’étais folle d’inquiétude tantôt. Je t’ai déjà dit cela sous
toutes les formes mais je te le répète à présent pour te dire que je
suis plus tranquille et que j’attends demain avec courage. Cher adoré,
je vais donc te voir ! Il y a encore bien des minutes d’ici à demain et
chaque minute pour moi représente plus d’un jour. Mais c’est égal. La
certitude que tu vas bien et que je te verrai demain me fait envisager
sans effroi cet éternel demain. Ne vab pas faire d’imprudence, ne
vac pas retarder par
ta faute le moment si cruellement attendu où je dois te voir, je t’en
supplie à genoux, mon Victor adoré. Songe que j’ai employé dans ces deux
mortels jours tout ce que j’avais de courage, de patience, de
résignation et de raison. Il ne m’en reste plus juste que ce qu’il m’en
faut pour attendre demain et encore, encore... Aussi je te recommande de
bien prendre soin de toi, de ne pas te fatiguer ce soir, soit à
travailler, soit à recevoir des visites. Je te le demande à mains
jointes, mon Toto chéri. Fais de ta santé, c’est-à-dire de mon bonheur,
un cas de conscience plus grand que pour ce qui pourrait compromettre
ton honneur.
Il faut pourtant que je te rende compte de mes petites
affaires. J’avais la tête tellement perdue depuis deux jours, que je ne
t’en ai pas parlé. D’abord j’ai pris 10 francs
dans ton sac, parce que j’ai payé le mois du jardinier hier. Ensuite
j’ai reçu une lettre sale chiffonnée adresséed au no 16, précédé du
mot RU, écrit avec cette orthographe. Je ne
sais pas de qui cela peut être. Je t’attends pour l’ouvrir, quoiqu’il y
ait dessus très pressé. Ensuite, encore,
Eulalie n’est venue que ce
matin. Ah ! j’oubliais que la mère Ledon est venue hier au soir. Et puis enfin il n’y a
plus rien si ce n’est que je t’aime plus que jamais et que je donnerais
un grand morceau de ma vie pour être à demain. Bonsoir, adoré, dors
bien, je t’aime.
Juliette
a « plains ».
b « vas ».
c « vas ».
d « adressé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
