« 25 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 225-226], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5280, page consultée le 03 mai 2026.
25 mars [1845], mardi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon cher adoré bien-aimé, bonjour, mon petit
homme chéri, comment que ça va ce matin ? Moi, c’est toujours de pire en
pire, comme chez Nicolet1. Je finis par me laisser aller comme une bête
brute. Plus je lutte et plus je fais d’efforts pour triompher de ce
hideux rhume et plus fort il est. Ma foi, j’y renonce. Je laisse mes
jours et mon nez couler comme il leur plaira.
Je ne veux plus m’en occuper. Pour comble d’aplatissementa, j’ai une
Cocotte qui pousse des
cris perçants sans interruption. C’est pour prendre ses jambes à son cou
et pour se sauver de cette affreuse ménagerie.
Cher adoré, tu as dû
trouver ton raisin bien mauvais cette nuit, car ce matin, je me suis
aperçue qu’il était couvert d’une poussière noire de suie ? J’ai bien
soufflé sur celui qui restait, je l’ai bien nettoyéb, mais celui que tu as
mangé a dû te paraître bien amer ? Une autre fois je me défierai de ce
tuyau de cheminée. J’ai oublié de te demander si tu voulais ta
tapisserie tout de suite ou si tu pouvais attendre à la semaine
prochaine ? Dans le premier cas, il faudrait que j’écrive à Eulalie aujourd’hui. Dans le second
cas, je la préviendrais seulement samedi quand
elle viendra pour Claire. Vois
ce que tu veux, mon adoré, pour que je le fasse sans retard. Je t’aime,
mon Victor adoré.
Juliette
1 L’expression exacte est « De plus en plus fort comme chez Nicolet ». Jean-Baptiste Nicolet, célèbre directeur de théâtre de la fin du XVIIIe siècle sur le boulevard du Temple, s’efforçait de rendre toujours plus attrayants ses spectacles.
a « applatissement »
b « nétoyé »
« 25 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 227-228], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5280, page consultée le 03 mai 2026.
25 mars [1845], mardi soir, 11 h. ¾
J’espère que j’ai taillé une maîtresse bavette aujourd’hui, mon Toto, et
pour ne rien dire qui vaille la peine encore. C’est une journée de
dévergondage de langue qui compense bien des longs jours de mutisme
forcé. Aussi ne faut-il pas me le reprocher. D’ailleurs, comme hygiène, il est très utile que les femmes
fassent quelque fois de ces sortes d’intempérance. J’ai retenu la mère Lanvin à dîner presque de force. Ainsi tu penses si ma pauvre claquette avait besoin d’aller. Tout cela, je
te le répète, est en soi fort innocent, mais
j’avais besoin de parler.
Te voilà, mon adoré, je te finirai ton
gribouillis demain.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
