21 février 1845

« 21 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 105-106], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5149, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon cher bien-aimé adoré, bonjour, bonjour. Il fait bien chaud, n’est-ce pas ? Je viens de faire ma lampe et une partie de mes petites affaires dans ma chambre sans feu et je t’assure que je ne sue pas. C’est une remarque que je fais sur moi pour arriver à te plaindre. Pauvre adoré, quand je pense que tu travailles toutes les nuits sans feu et sans flamme, j’en suis toute morfondue pour toi. Encore s’il n’y avait rien à redouter à cela, ce ne serait que demi-mal, mais quand je songe au danger des congestionsa cérébrales, je suis la plus tourmentée et la plus malheureuse des femmes.
Comment vas-tu, mon amour ? Comment vont tes intestins ? J’ai encore du raisin pour ce soir mais je doute fort qu’on en trouve à acheter à des prix raisonnables par ce froid hideux qui fait. Nous en causerons ce soir. En attendant, je voudrais bien que tu puissesb venir me baiser une petite fois tout à l’heure, puisque tu travailles en marchant, il ne t’en coûterait pas davantage de venir jusque chez moi m’apporter ce bonheur. Cela me rendrait heureuse et patiente pour le reste de la journée. Tâche de venir, mon petit Toto, et je serai bien heureuse.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « conjestions ».

b « tu puisse ».


« 21 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 107-108], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5149, page consultée le 24 janvier 2026.

Je continue plus que jamais mes guignonneries, mon cher bien-aimé, tu vas en juger : depuis que tu es parti, j’ai un ouvrier tapissier qui a posé les lambrequins1 qui, par parenthèse, ont l’air d’un événement ridicule ainsi pendusa à ces grandes croisées, tu les verras d’ailleurs. Puis des bourreletsb, puis des clous, des crêtes, des ci, des là à rafistoler et à cognerc dans tous les coins. Dans ce moment-ci, il habille la planche qui doit couvrir la commode. Tout cela, mon cher ange, fait que je n’ai pas encore pu copier un seul mot de ton discours2. Je suis enragée mais sois tranquille, je vais m’y mettre d’arrache-plume tout à l’heure et tu l’auras ce soir.

7 h. ¾

Cher bien-aimé, vous vous êtes en allé sur une affreuse IRONIE, mais je vous pardonne. Je vous permets de venir quand on est couché tant que vous voudrez et la plus attrapéed, ce ne sera pas moi. Tu as vu, mon cher bijou, dans quel fouillis et dans quel encombrement de tapissier et de blanchisseuse j’étais quand tu es arrivé, ce qui t’explique suffisamment pourquoi je n’ai pas encore commencé ta copie. Mais je vais m’y mettre et j’espère, nonobstant la fée Guignolette3, en faire une bonne partie ce soir. Pour cela, il faut que je me dépêche bien vite de finir ce gribouillis et de manger ma soupe. Baisez-moi, mon cher petit taquin, et admirez vos lambrequins tant que vous voudrez. Quant [à] moi, je les trouve très laids. Sur ce, je vous demande un million de pardons et j’embrasse vos sacrés genoux. À ce soir, à tout à l’heure, mon amour.

Juliette


Notes

1 « Découpures de tôle, de zinc, de bois, imitant l’étoffe, et qui couronnent une tente, un pavillon, des embrasures de fenêtre, une cheminée » (Larousse).

2 S’agit-il du discours que Victor Hugo a prononcé le 16 janvier 1845 lors de la réception de Saint-Marc Girardin à l’Académie française ou bien de celui du 27 février 1845 qu’il rédige encore pour la réception de Sainte-Beuve ?

3 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « pendu ».

b « des bourlets ».

c « cognier ».

d « attrappée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.